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Une du quotidien L'Ouest-éclair, annonçant l'attentat commis contre Clemenceau

19 février… 1919 – Georges Clemenceau est victime d’un attentat

A 8h30 ce matin du 19 février 1919, alors qu’il sort de son immeuble de la rue Franklin, le président du Conseil Georges Clemenceau est victime d’un attentat. Le Tigre est touché au poumon mais n’a pas dit son dernier mot!

Une de L’Ouest-Éclair au lendemain de l’attentat de Georges Clemenceau, 20 février 1919 – ©RetroNews-BnF

«Je n’avais encore jamais été assassiné!»

En sus de celui du Tigre, Georges Clemenceau, 78 ans, compte depuis le 11-Novembre 1918 un nouveau surnom : le Père de la victoire. Après quatre ans de conflit mondial dont la France est sortie exsangue mais victorieuse, le président du Conseil est plus populaire que jamais.
Certains cependant ne partagent pas le même point de vue. Louis Emile Cottin qui, le dernier jour de son procès, rappellera qu’il est «anarchiste, c’est-à-dire anti-autoritaire, anti-cléricaliste, anti-militariste, anti-parlementaire», est de ceux-là.

Le 19 février 1919 au petit matin, le jeune homme attend devant le n°8 de la rue Franklin, dans le 16e arrondissement de Paris. Il s’agit de l’immeuble où réside Georges Clemenceau. Lorsque celui-ci sort et s’engouffre dans la voiture qui l’attendait, Cottin tire une première balle dans sa direction. Le président du Conseil y échappe. Très vite, huit autres suivent. L’une d’elles atteint le Tigre à l’omoplate droite et va se loger dans le poumon. Tandis que les badauds maîtrisent l’agresseur et commencent à le lyncher, la voiture fait demi-tour et ramène Clemenceau chez lui.

La France au chevet du Tigre

Cottin n’arrive pas indemne au commissariat de Passy, à quelques centaines de mètres de là. Son visage est en sang et ses vêtements déchirés. Très vite, il indiquera reprocher au président du Conseil d’avoir lutté par la force contre les grévistes des usines de guerre. Et plus largement, de «tenir tous les gouvernements responsables de toutes les guerres ayant eu pour résultat le meurtre de millions d’individus.» A tout cela, il précise avoir agi seul.
Pendant ce temps, rue Franklin, c’est l’effervescence. Le Tigre a refusé qu’on l’allonge. Pas moins de quatre médecins ont accouru sans attendre. Faute de pouvoir extraire la balle – trop risqué – tous préconisent une immobilisation totale et du repos. Mais Clemenceau le premier ne se montre pas très coopératif. La France est en effet en pleine préparation du Traité de Versailles… «Il y a des affaires urgentes, dit-il. Il est impossible que je sois immobilisé.» A cela, s’ajoute la succession de visiteurs, du président Poincaré aux généraux Castelnau et Dubail, en passant par le maréchal Foch, par Pétain, par des académiciens…

Clemenceau défend son bourreau

S’il rit de son aventure et se plaint de recevoir autant d’hommages – de celui du pape, il s’exclame «Il ne manquait plus que cela!» et demande qu’on lui réponde «qu'[il] le remercie et que [lui] aussi lui donne [sa] bénédiction!» -, Clemenceau n’est pas raisonnable. Le lendemain, il a de la fièvre et crache du sang. Le surlendemain, il va mieux mais le jour d’après, il rechute. Là, repos absolu. Puis le 25, les médecins lui accordent une promenade en voiture dans le bois de Boulogne. Il demande au chauffeur de pousser jusqu’au château de Versailles et fait une balade dans le parc. Enfin, le 27, soit une semaine après l’attentat, il est de retour au bureau et siège à la Conférence de la Paix le lendemain.

Cottin, de son côté, ne s’en sort pas aussi bien. Le 14 mars, jour de ses 23 ans, il est jugé par le Conseil de guerre de Paris. Vingt minutes suffisent aux jurés pour conclure à une tentative de meurtre avec préméditation. C’est la peine à mort.
Pour autant, Clemenceau lui-même va plaider en sa faveur. Dès le 27 février, il précisait au général Mordacq qu’il ne laisserait pas «exécuter un homme pour crime de lèse-majesté, la majesté en l’espèce étant [lui]-même». Le 8 avril, il est reçu à ce propos par le président Poincaré. Celui-ci ramène la peine de mort d’Emile Cottin à dix ans de prison et vingt ans d’interdiction de séjour à Paris. Il sera finalement libéré le 21 août 1924.