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Gravure illustrant des attroupements au Faubourg Saint-Anoine

27 avril… 1789 – Manifestation devant la manufacture Réveillon

Au faubourg Saint-Antoine, devant la manufacture de Réveillon, des milliers d’ouvriers affrontent les forces de l’ordre. Journée la plus meurtrière de la Révolution française – si l’on excepte les exécutions de masse sur l’échafaud – le 27 avril 1789 est aussi considéré comme le prélude à cette dernière…

Attroupement au faubourg Saint-Antoine, le 28 avril 1789. ©Abraham Girardet — Gallica. Domaine public

Réveillon, un patron (trop) progressiste

A la tête d’une grande manufacture de papiers peints, rue de Montreuil, Jean-Baptiste Réveillon emploie 300 ouvriers.
Vers la fin des années 1780, la concurrence anglaise l’a obligé à se séparer de quelques effectifs, à qui il a d’ailleurs octroyé une allocation chômage… Une action véritablement progressiste pour l’époque!

En 1789, Réveillon va plus loin : le 23 avril, il suggère au gouvernement de Louis XVI de supprimer les octrois, ces taxes prélevées sur les marchandises arrivant dans la ville. Les prix des biens de consommation courante pourront ainsi baisser. Réveillon pourra de fait, par la même occasion, baisser les salaires de ses ouvriers.

La proposition est maligne mais trop avant-gardiste pour les quelque 40 000 ouvriers du faubourg, rapidement informés, qui ne retiennent de tout cela que la baisse de salaire. Car si elle est entérinée, cette suggestion ne concernera pas que les employés de Réveillon. Henriot, fabricant de salpêtre, compte déjà aussi l’appliquer à son affaire.

Première révolte, premier massacre

Il n’en faut guère plus au peuple du faubourg, déjà touché par le manque de pain et écarté des élections des Etats Généraux en mai, pour manifester.
Des regroupements se forment ça et là et dans la nuit du 26 au 27 avril 1789. Les effigies de Réveillon et Henriot brûlent devant l’Hôtel de Ville, aux cris de «Mort aux accapareurs ! Le pain à deux sous !» La manufacture de papiers peints est pillée.

Le lendemain, il n’en reste rien. Un affrontement survient alors entre les troupes – gardes françaises, gendarmes à cheval… – et les émeutiers, déterminés à finir le travail en brûlant le bâtiment. Les soldats comptent douze morts dans leurs rangs et les ouvriers plus d’une centaine.
Moins de trois mois plus tard, encore échaudés par le souvenir de l’événement, ces mêmes habitants du faubourg, ouvriers et artisans, s’en prendront de la même façon à la Bastille.

Hormis les journées rythmées par les exécutions de masse pendant la Grande Terreur qui suivra en 1793 et 1794, ce 27 avril 1789 constitue la journée la plus sanglante – et la toute première – de la Révolution française.