19 novembre… 1703 – L’homme au masque de fer meurt à la Bastille

Dans la prison de la Bastille où il était enfermé depuis 1698, un prisonnier meurt ce 19 novembre 1703. Ce n’est pas un détenu lambda. Masqué depuis trente-quatre ans, il emporte avec lui le secret de son identité. Il est encore aujourd’hui l’une des plus grandes énigmes de notre histoire.

Gravure représentant l'homme au masque de fer dans sa cellule
L’homme au masque de fer, gravure anonyme, 1789. Selon l’affirmation contenue dans la légende de cette gravure — qui relève vraisemblablement de la propagande révolutionnaire — l’Homme au masque de fer ne serait autre que Louis de Bourbon, comte de Vermandois, fils illégitime de Louis XIV. « L’Homme au Masque de Fer, ou plutôt son histoire, qui a si longtemps fixé les recherches d’une infinité d’auteurs, vient de sortir enfin du ténébreux chaos où la discrétion barbare d’intermédiaires ministériels l’avaient plongé jusqu’à présent. Des papiers trouvés à la Bastille nous apprennent que cette dénomination n’a jamais appartenu qu’à Louis de Bourbon, comte de Vermandois, fils naturel de Louis XIV, né le 2 octobre 1667, qui fut condamné à un emprisonnement perpétuel pour avoir, à l’âge de 16 ans, donné un soufflet au Dauphin. Pour envelopper ses traits d’un voile impénétrable, on lui couvrit le visage d’un masque de fer dont la mentonnière et les ressorts d’acier lui permettaient néanmoins de prendre sa subsistance. C’est en 1683 que l’on place l’époque de sa détention. Ce malheureux Prince mourut à la Bastille en 1703 après une captivité de 20 ans dans différentes prisons.» ©Anonyme. Domaine public

Il est sans nul doute le prisonnier le plus célèbre de l’histoire de France, célébrité qu’il doit… à son anonymat.
Surnommé «l’homme au masque de fer», ce dernier était en réalité dissimulé sous un masque de velours.

Le mystère mis en scène

Sa vie ou plutôt sa captivité et les raisons mystérieuses de son incarcération ont grandement inspiré le 7e Art (notamment !). Six films ont été réalisés :

  • en 1929, Allan Dwan met en scène Douglas Fairbanks dans le film muet – avec effets sonores – Le Masque de fer.
  • James Whale réalise L’homme au masque de fer en 1939, avec Louis Hayward et Joan Bennett.
  • en 1954, Le Masque de fer avec Armando Francioli est une adaptation italienne de Giorgio Venturini.
  • Jean Marais est D’Artagnan dans Le Masque de fer de Henri Decoin, en 1962.
  • en 1977, Mike Newell signe une nouvelle version intitulée L’homme au masque de fer, avec Richard Chamberlain.
  • en 1998 enfin, Randall Wallace réunit Leonardo Dicaprio, Jeremy Irons et John Malkovitch, dans sa propre adaptation de L’homme au masque de fer.

Toutes ces versions ou presque se sont librement inspirées de l’oeuvre d’Alexandre Dumas, Le Vicomte de Bragelonne. Dans ce dernier tome de la trilogie des Mousquetaires, Louis XIV a un frère jumeau qui, par ses prétentions au trône, menace son règne et son royaume. Anne d’Autriche, mère du roi, et le cardinal Mazarin font donc enfermer ce dernier et dissimulent son identité.

Hypothèses en série

Cette hypothèse de frère jumeau a pris naissance dans l’esprit de Voltaire. Mais elle est loin d’être la seule…
Pour les uns, il s’agit du fils adultérin d’Anne d’Autriche et du duc de Buckingham.
Pour d’autres, il est le duc de Beaufort, cousin germain de Louis XIV et l’un des chefs de la Fronde.
Certains pensent aussi qu’il s’agit de Louis de Bourbon, comte de Vermandois et fils illégitime de Louis XIV (cf. illustration). Une autre hypothèse encore, avance que l’homme masqué n’est autre que Fouquet, ex-Surintendant des Finances du Roi, arrêté en 1661
De ces suppositions, pour ne citer qu’elles, la première semble souvent rallier la majorité.
Pour autant, les historiens émettent aujourd’hui des idées encore différentes…

Vers une vérité ?

Dans son Masque de fer (2004), Jean-Christian Petitfils évoque Eustache Danger, un valet au courant de la conversion secrète de Charles II d’Angleterre au catholicisime…
Monsieur de Saint-Mars, gouverneur successif des prisons de Pignerol, Exilles, des îles Sainte-Marguerite et Saint-Honorat, puis de la Bastille, aurait été vexé d’apprendre qu’il ne s’agissait là que d’un domestique. Le prisonnier suit en effet le gouverneur dans tous les lieux où ce dernier est mandaté, depuis 1669. Saint-Mars aurait donc entrepris d’entretenir un réel mystère autour du détenu, pour se donner de l’importance…

D’autres historiens, plus nombreux, s’accordent à penser que l’homme au masque de fer était en réalité un agent double, du nom d’Ercole Mattioli. Ils s’appuient pour valider cette hypothèse, sur une lettre datée de 1770 et signée d’un certain baron Heiss…
Mattioli aurait trahi son maître, le duc de Mantoue Charles IV de Gonzague et Louis XIV. Il aurait en effet révélé aux Espagnols l’intention de la France de prendre la place forte de Casal. Le roi l’aurait alors fait enlever à Venise puis emprisonner à vie.

Quoiqu’il en soit, nul n’a jamais pu apporter ni preuve ni certitude sur l’identité de l’homme dissimulé derrière son masque.
Et comme pour ajouter, s’il était besoin, un peu de plus de mystère à l’affaire: le prisonnier mystérieux a été enterré au cimetière Saint-Paul (-des-Champs, aujourd’hui) sous le nom de… Marchiali !