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11 septembre… 910 – Fondation de l’abbaye de Cluny

Par une charte signée de sa main le 11 septembre 910 (on parle aussi de 909), Guillaume Ier, duc d’Aquitaine, fait don d’une villa à Cluny, au nord de Mâcon, à douze moines bénédictins. Ces derniers ont pour mission d’y fonder un monastère sous le patronage des apôtres Pierre et Paul. L’abbaye de Cluny va devenir la plus illustre du monde occidental.

Reconstitution de l’abbatiale Cluny III. – ©Georg Dehio/Gustav von Bezold / Wikimedia Commons. Domaine public

Un don contre des prières

Guillaume Ier d’Aquitaine est plus connu sous le nom de Guillaume le Pieux, de par sa dévotion et sa grande générosité à l’égard de l’Eglise catholique.
Duc d’Aquitaine, il est aussi maître de l’Auvergne, de Bourges, de Mâcon, du Limousin et de Lyon. Il est également l’abbé laïc de Saint-Julien-de-Brioude dans la Haute-Loire.

En 910 (ou 909), par une charte qu’il signe le 11 septembre, Guillaume Ier fait don d’une villa (domaine agricole) à Cluny, au nord de Mâcon, à une communauté de 12 moines originaires de Baume, dans le Jura. Il lègue ainsi sa «villa de Cluni et toutes possessions attenantes: villages et chapelles, serfs des deux sexes, vignes et champs, prés et forpets, eaux courantes et fariniers, terres cultivées et incultes».
Ces derniers, en réponse à cette générosité, prieront quotidiennement pour le duc, soucieux du salut de son âme.

Les clauses de cette cession sont claires et pour certaines, révolutionnaires :
– les moines doivent vivre dans le strict respect de la règle de Saint Benoît (travail et prière);
– ils sont exemptés de toute sujétion aux rois et aux seigneurs, ainsi qu’aux évêques, et ne rendent de comptes qu’au pape. Une première dans l’histoire;
– les moines élisent librement leur abbé et ne relèvent pas de la juridiction du pape. Egalement du jamais vu. Seule exception, à la création de l’abbaye: Guillaume Ier nomme Bernon, abbé de Baume et de Gigny en Jura. En qualité d’abbé de Cluny, celui-ci co-signe la charte et doit fonder le monastère.
– la garde des apôtres Pierre et Paul et la défense du souverain pontife;
– l’obligation de s’adonner avec zèle «selon l’opportunité et les possibilités du lieu, aux oeuvres quotidiennes de la miséricorde envers les pauvres, les indigents, les étrangers, les voyageurs.»

Prestige et postérité

À l’abbé Bernon qui meurt en 927 succède Odon, l’un des 12 moines arrivés du Jura.
C’est sous sa direction, de 927 à 942, que l’abbaye de Cluny va considérablement se développer et gagner en notoriété.
Très cultivé, il dote Cluny de sa bibliothèque personnelle composée d’une centaine de volumes (considérable pour l’époque). Il cultive un goût et un talent certain pour la musique et va définir pour des siècles le chant sacré clunisien et sa tonalité particulière.
Il rédige quantité de textes (psaumes, poèmes, sermons…).
Homme d’action, il s’attache à réformer de nombreux monastères en déshérence. Ainsi naissent de nombreuses abbayes-filles, dont les abbés sont placés sous l’autorité de celui de Cluny.

Dans la deuxième moitié du Xème siècle, Cluny II prend un essor considérable, s’affirmant comme une puissance économique et politique en Occident. Elle acquiert les reliques de Paul et Pierre, ses saints patrons.
De même, le réseau clunisien, Ecclesia cluniacensis, amorcé par Bernon, composé d’abbayes et de prieurés, s’étend au-delà de la Bourgogne: en Auvergne, en Provence, en Italie, jusqu’à Rome.

En 1049, Hugues de Semur prend la direction de l’abbaye. Cluny III est à son apogée: son influence s’étend à toute l’Europe, puis à la Terre Sainte suite à la croisade lancée par Urbain II.
Installés à Saint-Martin-des-Champs, les clunisiens contribuent à la réforme monastique dans le duché de Normandie de Guillaume le Conquérant. Ils participent également à cette réforme dans la péninsule ibérique.

Le réseau clunisien, en proie à des conflits intérieurs et en concurrence avec d’autres ordres émergents comme les Cisterciens, commence à perdre de son influence dès le début du XIIème siècle…