5 novembre… 1922 – Découverte sensationnelle du tombeau de Toutânkhamon

Le 5 novembre 1922, l’archéologue britannique Howard Carter sait qu’il vit le plus grand moment de sa carrière. Sous une dalle enfouie sous le sable de la Vallée des Rois, il découvre le tombeau du pharaon Toutânkhamon. Après plusieurs années consacrées à sa recherche, cette trouvaille va mobiliser son attention et celle du monde entier.

A gauche : Ouverture des portes du sanctuaire funéraire par Carter en janvier 1924 (reconstitution de la scène de 1922). ©Harry Burton — The New York Times photo archive, via their online store. Domaine public
Au centre : Le sceau de la deuxième porte encore intact, juste avant d’être brisé, en 1922. Il n’avait pas été touché pendant 3245 ans. ©Harry Burton / The Metropolitan Museum of Art. Domaine public
A droite : Masque funéraire de Toutânkhamon. ©Jon Bodsworth. Copyrighted free use

Objectif Toutânkhamon

Il est l’un des noms de pharaons d’Egypte les plus connus.
Il est pourtant l’un de ceux à avoir régné le moins longtemps… Toutânkhamon est le fils d’Akhenaton et de la soeur de celui-ci (surnommée Younger Lady par les archéologues). Il monte sur le trône à la mort de son père, à l’âge de 10 ans, mais meurt à 18, vers 1327 avant J.-C.…

Toutânkhamon doit en réalité sa célébrité à la découverte de son tombeau.
A l’époque, l’archéologue anglais travaille depuis déjà près de trente ans en Egypte.
Depuis 1917, soutenu financièrement par un riche anglais, Lord Carnarvon, il effectue des fouilles dans la Vallée des Rois. Ses recherches sont multiples mais son objectif est unique : trouver le dernier tombeau de pharaon encore inviolé : celui du jeune Toutânkhamon, vieux de plus de 3300 ans.
Le 5 novembre 1922, c’est la consécration : sous une dalle, il devine aussitôt ce qui s’y trouve. Sans rien toucher, il prévient son mécène. Lord Carnarvon et Carter reviennent ensemble fin novembre.

Le trésor du pharaon

Jour J, 26 novembre. Un jour que Howard Carter relatera en détail dans ses Mémoires.
Après avoir descendu les marches menant à la sépulture et ouvert la première dalle, il décrit :
«D’abord je ne vis rien. L’air chaud qui s’échappait de la chambre faisait clignoter la flamme de la bougie. Puis, à mesure que mes yeux s’accoutumaient à l’obscurité, des formes se dessinèrent lentement: d’étranges animaux, des statues, et partout le scintillement de l’or.»
A Lord Carnarvon et sa fille Lady Herbert qui le suivent de près et lui demandent ce qu’il voit, il répond : «Des merveilles!»

Un feuilleton médiatique

La presse est aussitôt informée. En Angleterre comme en France et ailleurs, la progression dans la tombe par Carter et les révélations archéologiques qui en découleront, vont faire l’objet d’un véritable feuilleton médiatique pendant près d’une décennie ! Il faut dire que, un siècle pile après le décryptage des hiéroglyphes par Champollion, c’est un nouveau coup de tonnerre en matière d’égyptologie !

Pendant des mois, on avait enlevé plus de deux cents tonnes de terre sans rien trouver, à quelques pas de la tombe de Ramsès VI. Enfin, en novembre dernier, on eut le bonheur de repérer un mur sur lequel le sceau des nécropoles royales était gravé. On déblaya dès lors avec activité. Et l’on vit paraître le «cartouche» du roi Tutankhamon. Un «passage» fut reconnu, qui conduisit à une porte murée. On descella quelques pierres : à la lueur d’une chandelle, on vit briller, à l’intérieur, des objets indéfinissables. Ce n’étaient partout que statues royales, lits, chariots, boîtes ornées de toutes tailles, vases d’albâtre; enfin, au fond : le trône de bois sculpté, d’une surprenante beauté, les effigies du roi et de la reine, statues de bois rehaussées de pierres précieuses, et de l’art le plus raffiné. Dans une autre chambre : des sièges, des statuettes, des coffres empilés jusqu’à une hauteur de cinq pieds, deux belles statues royales; pas de momies. Assurément, le sarcophage du roi se trouvait dans une chambre plus éloignée… — Il n’est plus maintenant que d’attendre le jour prochain où le secret de la chambre funéraire sera connu. A en juger par ce qui a déjà été tiré de l’ombre, cela promet d’être sensationnel.

«Le Bulletin de la vie artistique», le 1er janvier 1923.
Source : Gallica / BNF

Plus de 5000 objets retrouvés

Ce jour de l’ouverture de la chambre funéraire survient le 18 février 1923. Venue y assister en digne passionnée d’Egypte ancienne, la reine Elisabeth de Belgique.
La découverte là encore est fascinante : un sarcophage de toute beauté et un masque mortuaire qui passera à la postérité, se révèlent aux yeux des profanateurs.

En fin de compte, sur l’ensemble des cinq salles que compte le tombeau, plus de 5000 objets de toutes sortes sont retrouvés. Ces derniers sont en or, en albâtre ou en pierres précieuses.
Au total, dix années seront nécessaires pour les sortir, les inventorier et les dessiner, avant de les conserver au Musée du Caire.

Toutânkhamon, une malédiction ?

Durant ces années suivant la découverte du tombeau de Toutânkhamon naît l’idée d’une malédiction résultant de la profanation. En cause : les morts successives de vingt-sept personnes participant de près ou de loin au chantier archéologique.
Cela commence avec le décès de Lord Carnarvon d’une fièvre maligne, six semaines après l’ouverture de la sépulture de Toutânkhamon.
Puis, lui succède le professeur La Fleur, égyptologue canadien, en mai 1923. En septembre, c’est au tour du colonel et frère de Carnarvon, Aubrey Herbert.
En 1924, Hugh Evelyn-White, archéologue sur le chantier, décède lui aussi. Puis Archibald Douglas Reed, le radiologue de la momie… Et cela continue comme ça jusqu’à la mort de Howard Carter, en 1939.

En réalité, toutes les morts s’expliqueront très facilement.
Lord Carnarvon par exemple, a succombé à une septicémie après une piqûre de moustique qui s’est infectée; le colonel Herbert est mort des suites d’une opération des dents; Evelyn-White s’est pendu ; et pour Howard Carter, mort 12 ans après la profanation du tombeau, s’il s’agit bien de malédiction, elle semble avoir été bien douce…

Néanmoins une chose est sûre, elle a contribué et continue encore aujourd’hui, à entretenir la fascination du monde pour le jeune Toutânkhamon !