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Portrait de Jean Moulin

19 décembre… 1964 – Jean Moulin entre au Panthéon

Figure de la résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale, Jean Moulin est réhabilité le 19 décembre 1964 par le transfert de ses cendres au Panthéon. A cette occasion, André Malraux, alors ministre de la Culture, lui rend un vibrant hommage.

Jean Moulin. ©Studio Harcourt – RMN. Domaine public

Incarcéré, torturé et incinéré

Pendant la guerre, l’homme a agi en France en qualité d’émissaire de Charles de Gaulle, qui agissait depuis Londres. Jean Moulin a unifié la résistance sur le sol français. Mais le 21 juin 1943, lors d’une réunion clandestine, il a été arrêté par les hommes de Klaus Barbie, chef de la Gestapo à Lyon.
Jean Moulin a alors été incarcéré et torturé, sans jamais parler. Il est décédé en gare de Metz, lors de son transfert par train en Allemagne.

Les cendres présumées de Jean Moulin

Après sa mort, sa soeur tente par tous les moyens de récupérer le corps du résistant.
En recoupant les informations, elle identifie enfin son frère comme étant le «ressortissant français décédé en territoire allemand» dont les cendres se trouvent au Père Lachaise. Pour autant, le corps n’a pas été formellement identifié avant son incinération. Ce ne sont donc que les cendres présumées de Jean Moulin qui arrivent au Panthéon en 1964.

«Entre ici, Jean Moulin…»

L’entrée du célèbre résistant dans le sanctuaire des grands hommes a lieu un 19 décembre. L’oraison funèbre est prononcée, dans un froid glacial, par le ministre de la Culture, André Malraux.
Son éloge, prononcé à la manière des grands orateurs tragiques, dure une vingtaine de minutes. Il débute par une question à De Gaulle : «Monsieur le président de la République […] Sans cette cérémonie, combien d’enfants de France sauraient son nom ?»

Cette oraison funèbre figure comme l’un des plus grands discours de l’écrivain et ministre. Il restera comme l’un des plus mémorables de l’histoire, notamment par sa terminaison :

« Comme Leclerc entra aux Invalides, avec son cortège d’exaltation dans le soleil d’Afrique, entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège ; avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé, comme toi ; et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé. […] Aujourd’hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n’avaient pas parlé ; ce jour-là, elle était le visage de la France. »

André Malraux rejoindra Jean Moulin au Panthéon le 23 novembre 1996, vingt ans après sa mort.

Enfin, il en est un qui mériterait de rejoindre le héros de guerre pour en avoir été un également, à ses côtés… Il s’agit du Compagnon de la Libération Daniel Cordier, secrétaire de Jean Moulin pendant la guerre, décédé le 20 novembre 2020 à l’âge de 100 ans.