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5 juin… 1981 – De la pneumonie au virus du sida, le VIH

Dans une revue médicale américaine ce 5 juin 1981, un article éveille l’attention. Il évoque cinq cas graves d’une pneumonie particulière, la pneumocystose. La poursuite des recherches va conduire à la découverte d’un nouveau virus meurtrier, le VIH (virus de l’immunodéficience humaine).

Le VIH en microscopie électronique à transmission, image de 1985. ©Content Providers: CDC/Dr. Edwin P. Ewing, Jr. — Domaine public

C’était il y a 40 ans. Ce jour-là, un jeune chef de clinique de l’hôpital Claude-Bernard à Paris, Willy Rozenbaum, reçoit la revue américaine hebdomadaire, MMWR (Morbidity and Mortality Weekly Report), à laquelle il est abonné. Et en 2001, il racontait à Libération:

«Peut-être qu’il y avait cinq personnes au maximum qui devaient recevoir en France la revue du CDC (Centre pour le contrôle des maladies, à Atlanta). Et à cette époque, je travaillais sur l’épidémiologie des maladies transmissibles. […] C’est vite lu, juste huit pages.»

Plusieurs cas de pneumocystose

Or, un article attire son attention. Il est intitulé Pneumocystis Pneumonia – Los Angeles.
Cinq cas graves d’une pneumonie particulière, la pneumocystose, observés entre octobre 1980 et mai 1981, y sont mentionnés. Il y est dit que les malades sont tous des hommes jeunes, entre 29 et 36 ans, et homosexuels, et qu’ils souffrent de candidoses (champignons).

Le 4 juillet suivant, dans un nouveau numéro du MMWR, un article parle du sarcome de Kaposi, un cancer de la peau très rare, diagnostiqué chez 26 hommes, dont 8 sont morts. Ils sont tous homosexuels et n’ont pas 50 ans.
Willy Rozenbaum, qui a lui-même diagnostiqué en mai la pneumocystose chez un de ses patients, s’affaire. Toujours au journal Libération en 2001, il racontait :

«Tout l’été, et l’automne ensuite, l’hypothèse la plus probable était l’existence d’une maladie hématologique, ou peut-être l’exposition à un solvant comme les poppers. Chaque fois, je me souviens, j’allais voir mon malade. Et je voyais avec lui ces hypothèses. En contactant d’autres services, on voit qu’eux aussi avaient des pneumocystoses inaccoutumées. Ainsi, à l’hôpital Saint-Antoine, le docteur Saimot me dit qu’il y avait eu deux diagnostics de faits, l’un chez une Zaïroise, l’autre chez une femme qui avait vécu au Zaïre.»

Identifier le virus du sida

C’est Françoise Barré-Sinoussi, de l’Institut Pasteur, aidée par les recherches de Willy Rozenbaum entre autres, qui découvrira la première le virus du VIH dans son microscope, en 1983. Un virus nouveau, meurtrier et bientôt, le plus grand fléau de cette fin du XXe siècle.

De la découverte du sida (syndrome immunitaire de déficience acquise) vont naître quantité de préjugés et de discriminations.
A l’égard des homosexuels en premier lieu, accusés d’avoir apporté la maladie en Occident voire même de l’avoir créée. Une idée qui renforce les plus convaincus déjà, de la débauche à laquelle les gays s’adonnent…
Puis, il y a cette psychose de la transmission par le toucher. Par méconnaissance, les malades sont souvent traités comme des pestiférés.
Il y a aussi ce préjugé à l’égard de la population noire… Le virus étant très présent en Afrique, il est synonyme pour certains de maladie sale et d’autant plus grave qu’elle provient d’une région sous-développée du monde…
Et d’autres jugements sont bien pire encore.

LE VIH est toujours là

Le VIH est grave certes, et il tue. Aujourd’hui encore, le sidaction en France est là pour rappeler son existence. Car avec la trithérapie qui a été développée, il est aujourd’hui possible de vivre avec le virus et de ne pas en mourir. C’était le cas en 2019 pour 38 millions de personnes à travers le monde.
Mais pas toujours.
De même, plus de 7 millions de personnes ne savent pas qu’elles en sont atteintes…

Si le virus a fait 20 millions de morts entre 1981 et 2001 et « seulement » 690 000 en 2010, les nouvelles infections continuent et les décès aussi, surtout en Afrique subsaharienne où le traitement antirétroviral n’est pas aussi répandu qu’en Occident.
In fine, en 2019, le nombre de personnes infectées par le virus du VIH depuis 1981 a été estimé à environ 75,7 millions, dont 32,7 n’ont pas survécu.