10 décembre… 1948 – L’ONU adopte la Déclaration universelle des droits de l’Homme

Au Palais de Chaillot à Paris, ce vendredi 10 décembre 1948 est un jour historique : les 58 Etats qui composent les Nations Unies adoptent la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Le 10 décembre est depuis lors, la Journée des Droits de l’Homme.

Eleanor Roosevelt présentant la déclaration universelle des Droits de l'Homme en anglais
Eleanor Roosevelt tenant la version anglaise de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Lake Success, New York, novembre 1949. ©FDR Presidential Library & Museum. CC BY 2.0

Liberté et sécurité des hommes

«Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le monde entier se remet lentement de toutes les atrocités qu’il vient de vivre. Mais surtout, il a peur. Les populations ont redécouvert que « l’homme est un loup pour l’homme » et le sentiment de sécurité devient un besoin essentiel» explique l’INA (Institut National de l’Audiovisuel) sur son site.

En résulte la création de l’Organisation des Nations Unies (en remplacement de la Société des Nations), dès 1945. Vouée à garantir la paix dans le monde, elle est accompagnée d’une Charte des Nations Unies, adoptée le 26 juin de la même année.

Dans le même temps, une commission des droits de l’Homme voit le jour, ainsi que le projet d’une déclaration des droits de l’Homme à l’échelle mondiale. Elle est mise en chantier dès juillet 1948.

Eleanor Roosevelt, John Humphrey et René Cassin

Sous l’égide de la veuve du président américain Franklin D. Roosevelt, un comité de rédaction se réunit. Le juriste français René Cassin se joint au comité, de même que l’avocat canadien John Peters Humphrey. Les deux hommes auront à charge de rédiger la déclaration universelle des droits de l’Homme.

Au terme de plusieurs mois de travail, trente articles composent le document.
Le premier est célèbre :

«Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.»

Le texte précise ensuite que cette liberté et cette égalité des hommes prévaut sans distinction de race, de couleur, de sexe ou de toute autre situation. Il précise aussi que nul ne sera tenu en esclavage ou ne sera soumis à la torture; que toute personne a le droit à l’éducation, à la santé, à la justice, ou à la liberté d’expression et d’opinion…

Accords et désaccords

Le 10 décembre 1948, l’ONU siège pour la dernière fois à Paris, avant de s’installer à New York. Les représentants des 58 Etats membres sont présents, au Palais de Chaillot.
La déclaration est adoptée par 50 voix pour et 8 abstentions. Personne n’a osé s’opposer au projet. Parmi les huit Etats en désaccord avec la totalité des trente articles, l’Arabie Saoudite n’approuve pas l’égalité entre les sexes. L’Afrique du Sud, en pleine introduction de l’Apartheid, conteste quant à elle l’égalité entre les races.

Une fois adoptée, la déclaration est traduite en plus de 500 langues. Sa version officielle est en langue française. Et pour cause, cette charte s’inspire directement de la Déclaration française des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789.

Pas si universelle

Cette dernière, plus intemporelle, a d’ailleurs plus de valeur au XXIe siècle. La déclaration de 1948 elle, ne peut plus s’appliquer universellement.
Avec l’indépendance de l’Afrique et l’éclatement de l’URSS, le nombre d’Etats membres – et donc de divergences -, a en effet beaucoup augmenté, passant de 58 à 193 en 72 ans. De plus, les moeurs ont grandement évoluées en sept décennies !

L’article 16, par exemple, n’aurait aucune chance de passer aujourd’hui avec les Etats qui autorisent la polygamie ou ceux qui légitiment le mariage homosexuel :
«A partir de l’âge nubile, l’homme et la femme, sans aucune restriction quant à la race, la nationalité ou la religion, ont le droit de se marier et de fonder une famille. Ils ont des droits égaux au regard du mariage, durant le mariage et lors de sa dissolution.»
Et que dire des articles évoquant le droit à changer de religion ? l’éducation gratuite ? ou même, le droit au repos ?…