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22 février… 2001 – A Outreau, début d’une affaire judiciaire retentissante

Sur fonds de viols, agressions sexuelles, proxénétisme et corruption de mineurs, l’affaire d’Outreau (Pas-de-Calais) est sans nul doute l’une des plus retentissantes du XXIe siècle, en France. Le 22 février 2001, l’ouverture d’une information judiciaire met en cause 17 personnes.

Il y a tout d’abord eu l’horreur qu’ont inspirée les faits reprochés ; puis, les erreurs cumulées dont la justice a fait preuve durant plusieurs années ; enfin, les conséquences physiques et psychologiques qu’elles ont engendrées.
L’affaire dite « d’Outreau », qui a noirci la page des faits divers durant quatre ans est restée célèbre.

18 suspects à Outreau

Tout commence en décembre 2000.
Dimitri, 8 ans, affirme à sa famille d’accueil : «Papa me fait l’amour!», «Maman a mis son devant dans ma bouche». Comme ses frères Chérif, 10 ans, Jonathan, 6 ans et demi, et Dylan, 4 ans, Dimitri a été placé à l’initiative de leur mère Myriam Badaoui, parce que leur père, Thierry Delay était violent.
Le couple habite le quartier de la Tour du renard à Outreau, dans le Pas-de-Calais.
Une information judiciaire, confiée au jeune juge d’instruction Fabrice Burgaud, est alors ouverte, le 22 février 2001, à l’encontre du couple.
Mais Myriam Badaoui et Thierry Delay ne sont pas les seuls à être placés en détention provisoire. En effet, les enfants accusent également d’autres adultes et informent que d’autres enfants ont aussi été victimes de viols.
Finalement, l’affaire totalise 18 suspects de viols, agressions sexuelles, proxénétisme et corruption de mineurs. L’un d’eux, François Mourmand, 33 ans, meurt le 9 juin 2002 d’une overdose de médicaments à la maison d’arrêt de Douai.

«Rien n’est vrai. Je suis une malade et une menteuse.»

Le 4 mai 2004, le procès s’ouvre à la cour d’assises de Saint-Omer.
Sur le banc des accusés, 17 adultes de tous âges, de toutes conditions. Ils sont poursuivis pour viols et agressions sexuelles présumés sur 17 mineurs, entre 1995 et 2000.
Le 2 juillet suivant, sept d’entre eux sont acquittés. Myriam Badaoui et Thierry Delay eux, reconnaissent les faits, de même qu’un couple de voisins, Aurélie Grenon et Thierry Delplanque. Ils sont condamnés à la prison ferme – 20 ans pour Thierry Delay. Les six accusés restant, quant à eux, font appel.
Leur nouveau procès s’ouvre 18 novembre 2005. Il se déroule à la cour d’assises de Paris. Certains des six accusés séjournent en prison depuis plus de trois ans. C’est alors que Myriam Badaoui innocente tout le monde – sauf son mari et le couple de voisins. «Rien n’est vrai. Je suis une malade et une menteuse.»
Le 1er décembre 2005, les six condamnés sont acquittés. Quatre jours plus tard, ils reçoivent les «regrets et excuses» de l’Etat, transmis par le président Jacques Chirac.

Un livre, un téléfilm, une émission…

Une enquête administrative s’ouvre dès janvier 2006 mais les magistrats ne se voient reconnaître aucune faute disciplinaire. Les sanctions, s’il en est, sont minimes. Le juge d’instruction Fabrice Burgaud écope d’une «réprimande avec inscription au dossier» (la sanction la plus basse possible), en 2009.
Pendant ce temps, les treize victimes de l’affaire peinent à reprendre une vie familiale ou professionnelle normale. Parmi les parcours les plus médiatisés, celui d’Alain Marécaux, huissier de justice et victime d’Outreau, a fait l’objet d’un téléfilm avec Philippe Torreton. Karine Duchochois, autre accusée à tort, a présenté une émission de radio, “Droit de l’info“. Elle a aussi incarné des séries documentaires. Chérif Delay a de son côté livré son témoignage dans un livre, Je suis debout, en 2011.
Enfin, que dire de Thierry Delay, libéré en 2016, et de nouveau condamné en mars 2020, à deux ans de prison… Les faits dont on l’accuse: agression sexuelle sur personne vulnérable et propos et comportements à connotation sexuelle…