Archives de catégorie : Révoltes

7 juin… 1788 – «Journée des Tuiles» contre l’impôt, à Grenoble

Refusant le paiement d’un impôt que Louis XVI a ordonné par « lit de justice » à l’Assemblée, la ville de Grenoble se soulève le 7 juin 1788. C’est la première manifestation de révolte contre l’autorité royale, avant de nombreuses autres…

La journée des Tuiles par Alexandre Debelle (musée de la Révolution française). ©Alexandre Debelle — Musée de la Révolution française CC BY-SA 4.0

Une réforme financière imposée

La révolte des Grenoblois contre les troupes du roi le 7 juin 1788, prend sa source en 1774, à l’avènement de Louis XVI. Le pays traverse alors une grave crise financière et le jeune monarque entend réformer l’Etat. Il a nommé pour cela Turgot ministre des Finances.
Mais ses décisions sont très mal accueillies par la haute aristocratie et particulièrement par les privilégiés de la Cour. En mai 1776, Louis XVI est donc contraint de faire machine arrière.
Cependant, la situation empire. Aussi, le roi n’a d’autre choix que de demander aux parlementaires d’enregistrer un édit établissant un emprunt de 420 millions de livres. Ceux-ci refusent. Qu’importe, Louis XVI force l’enregistrement le 19 novembre 1787 par « lit de justice ».

Mais ce refus des parlementaires n’est pas tombé dans l’oubli. Ainsi, le 8 mai 1788, le ministre de la justice Chrétien-François Lamoignon enlève son droit de remontrance au Parlement de Paris.
Aussitôt, celui-ci entre en rébellion. La colère gagne toute la France qui voit dans cette décision un semblant de dictature. Dans le Dauphiné surtout, où l’activité industrielle a permis à une bourgeoisie dynamique de prendre corps, les réactions sont plus vives encore.

Payer l’impôt ou s’exiler

Parce qu’il a protesté ouvertement contre les édits de Lamoignon, le Parlement de Grenoble a été suspendu. Mais son président Bérulle annonce le 20 mai que si ces édits sont maintenus, «le Parlement du Dauphiné se regarderait comme entièrement dégagé de sa fidélité envers son souverain.»
Rien n’y fait. Pour seule réponse, les parlementaires sont sommés de se mettre chacun en exil sur leurs terres. Or, cette perspective est inenvisageable pour les nombreux auxiliaires de justice dont le travail dépend d’eux. Ils rameutent la population. Celle-ci s’empare des portes de la ville et depuis les toits des maisons, jettent des tuiles sur les soldats. A la fin de la journée, les émeutiers ont pris le dessus. Les parlementaires réintègrent leurs sièges dans le palais de justice.
Le 21 juillet suivant, ils appellent ensemble à refuser le paiement de l’impôt au roi. Puis, ils incitent les autres assemblées provinciales à faire de même.
Le 8 août, Louis XVI prend finalement la décision de convoquer les Etats Généraux. Leur ouverture est fixée au 5 mai 1789…