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5 mai… 1821 – Napoléon Ier meurt à Sainte-Hélène

Le bicentenaire de la mort de l’empereur des Français ne peut passer inaperçu. Les commémorations ont été préparées en nombre durant de longs mois et ont mobilisé toute l’attention des médias. Il y a 200 ans cependant, la mort de Napoléon Ier, survenue au milieu de l’Atlantique Sud sur la petite île de Sainte-Hélène, n’a pas tout de suite ému les Français. Et pour cause…

Mort de Napoléon, tableau de Charles de Steuben (vers 1828). Domaine public

Ce 5 mai 1821, à 17h49, dans sa maison de Longwood sur l’île de Sainte-Hélène, Napoléon Ier s’éteint. Il était âgé de 51 ans.

Le lent déclin de Napoléon

Les causes de sa mort ne seront jamais clairement établies. L’autopsie réalisée par le médecin de l’empereur, François Antommarchi, est néanmoins assez complète. L’examen permet de déceler l’existence d’un ulcère gastrique chronique et des lésions pulmonaires liées à la tuberculose.

Certains en déduiront plus tard un cancer à l’estomac mais les analyses de l’organe n’ont jamais permis de l’attester. En 1961, un toxicologue suédois évoquera quant à lui un empoisonnement à l’arsenic, des traces importantes ayant été retrouvées dans les cheveux de l’empereur. Mais là aussi, le doute persiste sur l’appartenance des dits cheveux analysés…
Une chose est sûre, l’empereur était de plus en plus affaibli et avait rédigé son testament le 15 avril.

Voilà plus de cinq ans, depuis le 15 octobre 1815, que l’empereur déchu vivait en exil à Sainte-Hélène, au milieu de l’Atlantique Sud. Il y a été conduit par les Anglais, après son ultime défaite à Waterloo , le 18 juin.
Napoléon s’est fait accompagner là-bas par quelques fidèles, comme les généraux de Montholon et Gourgaud, le comte Emmanuel de Las Cases ou encore le maréchal Bertrand. Il y a vécu sous surveillance, travaillant à ses Mémoires, reclus puis de plus en plus souvent alité, sa santé se dégradant rapidement. Il y a aussi régulièrement subi les vexations du gouverneur britannique de l’île, Hudson Lowe. C’est celui-là même qui, apprenant la mort de Napoléon le soir du 5 mai, fait aussitôt rédiger une dépêche.

Deux mois pour transmettre la nouvelle du décès

Le courrier part pour Londres le 7 au matin, à bord du bateau HMS Heron.
Après 60 jours de mer, celui-ci accoste le 3 juillet à Portsmouth. La nouvelle est aussitôt transmise, à Londres, par le comte Barthust, en charge de la détention du prisonnier, au Premier ministre Lord Liverpool ainsi qu’à ses collègues de gouvernement. C’est ensuite au tour du ministre des Affaires Etrangères d’annoncer au roi George IV la mort de Napoléon.
Dans l’après-midi du 4 juillet, tous les dirigeants britanniques ont ainsi été mis au courant. La nouvelle est donc rendue publique dans les journaux.

Mais ce n’est que dans l’après-midi du 5 qu’une dépêche télégraphique est envoyée à Paris. Louis XVIII, alors à Saint-Cloud, est informé dans la soirée. Le 6 au matin, les Parisiens apprennent à leur tour le décès de l’empereur. Il faut encore trois semaines au reste de la France pour que l’information lui soit délivrée…

Le retour de l’empereur en terre de France

Les réactions seront autrement plus manifestes et circonstanciées dix-neuf ans plus tard…
Napoléon l’avait demandé dans un codicille à son testament: «Je souhaite reposer en terre de France, au milieu de ce peuple que j’ai tant aimé».

Or, en 1840, une légende napoléonienne a pris corps, alimentée par le maintien de la sépulture loin des Français. Cette dévotion impériale a donné de l’élan à un immense courant bonapartiste… Un contexte habilement récupéré à son avantage par le roi Louis-Philippe Ier qui désigne son fils le prince de Joinville, le 12 mai, pour partir à Sainte-Hélène à bord de la frégate La Belle-Poule dont il a le commandement, et en ramener la dépouille de Napoléon.

Un cortège acclamé et applaudi

Le 15 décembre suivant, le cercueil est de retour, à bord de La Dorade, un bateau plus petit pouvant naviguer sur la Seine, peint en noir et décoré d’aigles dorés pour l’occasion. Le cortège a remonté le fleuve, acclamé, applaudi au rythme des cloches et des tambours provenant des villages environnants…

A Paris, Victor Hugo témoigne de la présence de centaines de milliers d’hommes et femmes réunis pour l’accueillir, et de l’ambiance : «J’ai entendu battre le rappel dans les rues depuis six heures et demie du matin. […] Les rues sont désertes, les boutiques fermées. […] La fête commence à se faire sentir. – Oui, c’est une fête; la fête d’un cercueil exilé qui revient en triomphe.»
Il cite l’échange entre le prince de Joinville et son père, le roi Louis-Philippe:
«- Sire, je vous présente le corps de l’empereur Napoléon.
– Je le reçois au nom de la France.»

La dépouille impériale sera ensuite inhumée avec faste à l’hôtel des Invalides.