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11 avril… 1961 – Le procès d’Adolf Eichmann s’ouvre en Israël

Retrouvé par le Mossad à Buenos Aires en Argentine où il se cachait depuis dix ans, le haut dignitaire nazi Adolf Eichmann est jugé par l’Etat hébreu. Son procès s’ouvre le 11 avril 1961 à Jérusalem et va durer huit mois, permettant de libérer enfin la parole des rescapés des camps.

Adolf Eichmann aura eu quinze ans de répit, contrairement à ses comparses jugés à Nuremberg dès 1945. Arrêté par les Alliés à la fin de la guerre, il est parvenu à s’échapper en février 1946 et à fuir avec sa famille en Argentine. Là, il s’est caché durant dix ans, en prenant la fausse identité de Riccardo Klement.

Une arrestation hautement symbolique

Eichmann a 55 ans lorsque, le 23 mai 1960, le premier ministre israélien David Ben Gourion annonce ému que le Mossad a enfin retrouvé et arrêté l’ancien dignitaire nazi. Et cette arrestation est hautement symbolique, compte tenu du rôle qu’a joué cet homme pendant la Seconde Guerre mondiale.
En effet, Eichmann a été rien de moins qu’un des principaux acteurs de la Solution finale. Il est ce monstre qui a fait exterminer de sa propre initiative 400 000 Juifs hongrois en deux mois; ce même homme qui a déclaré ensuite «Je suis un chien dur (ein harter Hund), un chien qui hume le sang».
«Ces mots dans lesquels respire la fierté du record, qui sont des «titres» dans la bouche qui les prononce, éclairent la bestialité…», souligne d’ailleurs l’académicien et ancien résistant Robert d’Harcourt dans un article en juin 1961, intitulé Le mystère d’abjection.

Aussi le monde entier est-il attentif à la manière dont l’Etat hébreu va juger l’un des grands responsables de l’extermination de son peuple. Quand s’ouvre le procès le 11 avril 1961, il a les yeux tournés vers Jérusalem.

Eichmann ou la «banalité du mal»

Là, c’est toute la «banalité du mal», selon la philosophe Hannah Arendt, qui se révèle semaine après semaine. Et Robert d’Harcourt d’ajouter: «Le procès de Jérusalem n’est pas le procès d’un homme, il est le procès d’un régime. Eichmann, dans l’effrayante sincérité de son plaidoyer, n’est que l’expression d’une monstrueuse idéologie nationale.»

Mais ce procès est aussi l’occasion pour des rescapés des camps de libérer leur parole, d’exorciser l’horreur qu’ils ont vécue.
Ainsi, après huit mois durant lesquels le pire a été entendu, Adolf Eichmann est condamné à mort. Cette peine n’existe pas dans le droit pénal israélien. Les exceptions figurent dans une loi de 1950: crime contre le peuple juif, crime contre l’humanité et crime de guerre.
Eichmann fait appel de sa condamnation mais sa requête est rejetée. Il est pendu à Jérusalem le 31 mai 1962.