2 mars… 1969 – Le Concorde effectue son vol inaugural

Sur l’aéroport de Toulouse-Blagnac, le public retient son souffle. Ce 2 mars 1969, l' »oiseau blanc » déploie ses ailes pour la toute première fois. La carrière du Concorde, premier avion supersonique et fruit d’une alliance franco-britannique, peut démarrer!

1er vol du prototype français du Concorde à Toulouse le 2 mars 1969. André Turcat aux commandes. ©André Cros — Cette photographie provient du fonds André Cros, conservé par les archives municipales de la ville de Toulouse et placé sous licence CC BY-SA 4.0 par la délibération n°27.3 du 23 juin 2017 du Conseil Municipal de la Ville de Toulouse. Non modifié. CC BY-SA 4.0

Un premier vol tant attendu

Les nombreux officiels et les quelque 450 journalistes conviés pour l’occasion s’apprêtent à voir leur patience enfin récompensée. Il est environ 14h20 ce 2 mars. Tous attendent depuis 9 heures du matin que le ciel se dégage. Le vol inaugural du tout premier avion supersonique a déjà été repoussé de trois jours en raison des mauvaises conditions météorologiques.
Mais en ce tout début d’après-midi, une occasion s’offre à l’équipage: une visibilité de 15km, un vent de 4 noeuds, un plafond excellent. André Turcat, commandant de bord, Jacques Guignard, copilote, Henri Perrier, ingénieur naviguant, et Michel Rétif, mécanicien, montent dans l’appareil.
Enfin, à 15h30, le Concorde est en bout de piste, prêt au décollage.
Il s’élance, prenant de la vitesse sur 1500 mètres avant de s’élever à une allure de 180 noeuds (320 km/h) vers les airs. Le vol dure près d’une demi-heure, sur l’axe Toulouse-Agen. A 16h07, l’avion touche la piste d’atterrissage.

Un monument de modernité

Outre les personnes présentes aux premières loges, des centaines de Français, main en guise de pare-soleil, ont suivi le vol inaugural depuis les campagnes alentours. Et des millions d’autres depuis leur poste de télévision. Tous sont unanimes : le spectacle méritait quelques heures d’attente, il s’est révélé époustouflant.
Il faut dire que le Concorde ne ressemble à aucun autre engin créé jusqu’alors. C’est un monument de technicité, d’ingéniosité, de modernité:
Mesurant 56,24 m de long, d’une envergure de 25,56 m, doté de deux ailes delta et d’un nez basculant, l’avion peut franchir le mur du son. A une altitude comprise entre 16000 et 18000 mètres, il peut atteindre une vitesse maximale de 2145 km/h, soit plus du double que celle d’un Boeing 747.
Ce 2 mars, ce vol inaugural est la première démonstration publique que l’engin est une réussite. Mais, comme le précise Alain Turcat, juste après avoir atterri:
«Ce n’est pas un achèvement, c’est le point de départ de notre travail. Cette machine va nous demander encore beaucoup d’efforts. Il faudra encore des mois et des années avant de pouvoir annoncer que les passagers peuvent prendre place à bord.»

Une carrière à la vitesse du son

En effet, le Concorde subira encore près de 5000 heures de test après cela. Le «bel oiseau blanc» obtiendra son certificat de navigabilité sept ans plus tard. Il pourra ainsi procéder à son premier vol commercial.
Ainsi, le 21 janvier 1976, un Concorde volant sous la bannière Air France s’envolera de Paris direction Rio de Janeiro, en passant par Dakar. Un autre, aux couleurs de British Airways, s’élancera depuis Londres, jusqu’au Bahreïn. Pour les 200 passagers (un Concorde en contient 100) de ces premiers vols commerciaux, l’expérience sera unique. Elle le sera tout autant les années suivantes sur les vols Paris-New York par exemple, en 3h30 au lieu de 8h30… Mais cette expérience se révèlera aussi très chère (un aller pour New-York vaut environ 5500 euros…). Les passagers ne tarderont pas à se raréfier et le Concorde à perdre de sa rentabilité.
Enfin, un crash à Gonesse le 25 juillet 2000 achèvera de détruire le mythe du supersonique qui, après 34 ans de carrière, volera pour la toute dernière fois le 24 octobre 2003.