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14 octobre… 1670 – Molière présente «Le Bourgeois gentilhomme» à Louis XIV

Commandé par Louis XIV à Molière, Le Bourgeois gentilhomme rencontre un vif succès lors de sa première devant le Roi-Soleil et sa cour, à Chambord le 14 octobre 1670.

Edition de 1673. ©Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, BNF / Wikimedia Commons. Domaine public

La vengeance du roi

Friand de comédie-ballet, Louis XIV commande une nouvelle pièce à Molière. En réalité, le roi est motivé par un épisode qu’il n’a pas digéré : en décembre 1669, il a reçu l’ambassadeur turc du sultan de Constantinople en grandes pompes à Versailles. Or, ce dernier s’est montré méprisant lors d’une réception donnée en son honneur. Une attitude que le Roi-Soleil a ressentie comme un affront. Il souhaite de fait que Molière imagine un «ballet turc ridicule».

Désireux une fois encore de lui plaire, Molière s’attèle à la tâche avec le compositeur du roi, Jean-Baptiste Lully.
Ce sera donc une pièce en 5 actes et en prose associant comédie, danse et musique, dans une inspiration baroque. Elle s’intitulera Le Bourgeois gentilhomme.

«Belle Marquise, vos beaux yeux…» (Acte II, scène 4)

Souvenez-vous… Monsieur Jourdain demande à son maître de philosophie la meilleure façon d’exprimer son inclinaison pour Dorimène à travers cette seule phrase : «Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour». Cette scène prête à rire, au même titre que toutes les autres ou presque!

Jourdain est le Bourgeois gentilhomme.
Riche parvenu désireux d’acquérir de bonnes manières en vue d’obtenir un titre de noblesse, il se loue les services d’un maître de philosophie donc, mais aussi d’un maître d’armes, d’un maître de musique et un de danse.
Autour de lui, un ballet de personnages: il y a Madame Jourdain et leur servante Nicole, qui se moquent de lui ; il y a aussi sa fille Lucile et l’homme qu’elle aime Cléonte ; puis Dorante, un gentilhomme qui feint d’être son ami, et Dorimène, une marquise qu’il tente de séduire.
Jourdain refuse à Cléonte la main de sa fille, préférant lui trouver un homme mieux né.
Cléonte monte donc un stratagème : il arrive grimé et prétend être le fils du Grand Turc. Il raconte que celui-ci souhaite élever Monsieur Jourdain à la dignité de «Mamamouchi», en échange de la main de Lucile pour son fils. On conclut l’affaire par un ballet oriental, sur une musique de Lully.

Monsieur Jourdain « Suivez-moi, que j’aille un peu montrer mon habit par la ville. » (Acte III scène 1)

La consécration de Molière

Pour Molière, moyennant quelques jours d’angoisse en attendant le verdict de Louis XIV, c’est une consécration. Au château de Chambord, l’écrivain-comédien a en effet conquis le roi, une fois de plus. Car, au-delà de l' »affaire turque » dont Molière s’est emparé, le dramaturge a su tout aussi habilement s’amuser de la bourgeoisie qui rêve de noblesse.

Les Parisiens découvriront à leur tour Le Bourgeois gentilhomme, le 24 novembre, au théâtre du Palais-Royal.
Ovationné, Molière, 48 ans, savoure cette gloire bien tardive. Après cela viendront encore Les Fourberies de Scapin en 1671, Les Femmes savantes en 1672 ou encore Le Malade imaginaire, en 1673. Autant d’oeuvres restées inoubliables pour quiconque est passé sur les bancs du collège…