8 juin… 632 – Mort du prophète Mahomet

Le 8 juin 632, soit en l’an 10 de l’Hégire, à Médine, le prophète Mahomet meurt à l’âge de 62 ans, environ. Les circonstances de la mort du fondateur de l’islam ont fait l’objet d’un éclairage inédit proposé en 2016 par l’historienne et chercheuse au CNRS, Hela Ouardi.

Le prophète de l’islam Mahomet, illustration d’un manuscrit ottoman du 17e siècle ©derivative work: Snitty (talkMaome.jpg: Unknown — Domaine public

Pour son ouvrage intitulé Les derniers jours de Muhammad, Hela Ouardi, professeur à l’Institut supérieur des sciences humaines de l’université Tunis Al-Manar et membre associé du Laboratoire d’études sur les monothéismes au CNRS, s’est énormément documentée. Sur le Coran et ses diverses exégèses mais aussi sur des livres plus anciens de la tradition musulmane comme des recueils de hadiths (communications orales du prophète); également, des biographies et des chroniques historiques comme celle de Tabari. En tout, «des milliers de pages contenant des versions diverses, tantôt concordantes, tantôt contradictoires…», expliquait-elle en 2016 à la presse.

L’objectif de l’historienne? Restituer les faits ou du moins s’en approcher au plus près. Et ses recherches ont révélée une fin plus que tragique pour Mahomet, digne d’une tragédie grecque.

Une fin de vie mouvementée

Avant toute chose, l’historienne souhaitait «rendre le prophète de l’islam à son humanité, à laquelle renvoie explicitement le Coran dans les sourates 18 et 41». Car Mahomet était bien un homme semblable aux autres. Un homme dont les dernières années de la vie furent mouvementées…

Le prophète a certes unifié la partie occidentale de la péninsule arabe mais a aussi subi de nombreux échecs militaires qui lui ont fait perdre de son autorité sur les musulmans; il a aussi perdu son seul fils, qu’il chérissait; alors qu’il est tombé gravement malade, il s’est vu empêché d’écrire son testament…
Et après avoir été victime de plusieurs attentats, Mahomet a fini par se méfier de son entourage. Malgré cela, il s’est fait administrer des médicaments à son insu…

«D’après certains auteurs musulmans, il serait peut-être mort de pleurésie. Mais les plus anciennes biographies musulmanes affirment qu’il aurait été empoisonné par une juive de Khaybar. Cette thèse embarrasse les théologiens qui considèrent qu’elle pourrait nuire au prestige du Prophète. Les docteurs d’Al-Alzhar reconnaissent ainsi qu’il a été empoisonné, mais assurent qu’il a survécu trois ans au poison, preuve de l’intervention divine…» indiquait aussi Hela Ouardi en 2016.

Regretté mais très vite remplacé

Après que le prophète a succombé à environ 62 ans, le 8 juin 632, son corps est laissé sans sépulture pendant trois jours. Un fait surprenant dans une région chaude comme l’Arabie, qu’Hela Ouardi explique de deux façons:

– par le déni: «on ne veut pas croire qu’il soit mort et l’on pense qu’il va ressusciter»;
– pour une raison politique, défendue notamment par les chiites:

«Il n’avait pas de fils direct, que des petits-enfants, des gendres ou des beaux-pères. […] Ces trois jours ont permis à Abu Bakr et Umar (compagnons de Mahomet, ndlr) d’écarter la famille de Mahomet et de s’organiser pour lui succéder. Il leur fallait du temps pour mettre en place ce qu’on pourrait appeler un « coup d’État » ; certaines sources évoquent la présence de la tribu des Aslam qu’Abu Bakr a déployée dans les rues de Médine comme une milice avant l’enterrement du Prophète pour prévenir tout mouvement de contestation. Car les Médinois, chez qui Mahomet était venu se réfugier avec ses premiers fidèles après avoir quitté la Mecque en 622, ne voulaient plus des Mecquois qui les tenaient pour inférieurs. Ils voulaient désigner eux-mêmes leur chef. Abu Bakr s’est imposé par la suite par le sang en menant ce que l’on a appelé les « guerres d’apostasie ».»

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