10 mai… (intemporel) – Journée du souvenir de l’esclavage

Faisant écho au vote par le Sénat, le 10 mai 2001, de la loi Taubira, la Journée du souvenir de l’esclavage, aussi appelée Journée des «Mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leur abolition» a été instaurée par Jacques Chirac en 2006. Pour autant, cette loi à laquelle cette journée se réfère, ne fait pas l’unanimité…

Mise en page du manifeste « A L’univers Entier. Le Dernier Cri De L’innocence Et Du Désespoir ». Le 10 mai 1802, dans la matinée, quelques instants avant que l’escadre française n’eût été signalée sur les côtes de la Guadeloupe, Delgrès fit publier une proclamation rédigée par Monnereau, adjudant de place. ©Ambre Troizat — Travail personnel CC BY-SA 3.0

Un crime contre l’humanité

Inspirée par la députée Christiane Taubira et votée à l’unanimité par les (seuls) 81 députés alors présents, la loi Taubira du 10 mai 2001 énonce d’entrée :

«La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du XVe siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l’humanité.»

Ainsi, la France devient le premier État – et reste le seul à ce jour – à qualifier la traite négrière et l’esclavage de « crime contre l’humanité ». Elle est également le seul État à décréter, en 2006, une journée nationale de commémoration, fixée au 10 mai.
Le seul Etat, oui.
Mais l’UNESCO en a pris le premier l’initiative, trois ans avant, en instaurant la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition, le 23 août. Une date qui fait écho à la révolte d’esclaves à Saint-Domingue contre des colons… français!
Alors, pourquoi décréter une autre journée de commémoration ?

Une loi qui divise

De même, certains diront de cette loi que, aussi pavée de bonnes intentions qu’elle soit, elle omet sciemment et injustement certains sujets comme la traite saharienne ou l’esclavage moderne; que l’idée d’une réparation financière n’a pas lieu d’être quand plus aucun acteur de cette traite – victime ou bourreau – n’est de ce monde; que, in fine, par ces termes de toute évidence trop bien choisis, cette loi divise plus les Français qu’elle ne les réunit; etc.

Une journée d’hommage, mais à quoi?

Quoiqu’il en soit, cette journée du souvenir de l’esclavage du 10 mai, au lieu de faire écho à la loi Taubira, ne devrait-elle pas plutôt rendre hommage à certaines victimes d’un 10 mai 1802, en Guadeloupe?

Ce jour-là, le métis Louis Delgrès, 36 ans, adressait «à l’univers entier le dernier cri de l’innocence et du désespoir». Une proclamation affichée sur tous les murs de Basse-Terre. Delgrès y revendiquait le devoir d’insurrection et lançait un appel à la fraternité, au-delà des races. Quelques jours plus tard, il se faisait exploser avec ses hommes pour échapper à la cruauté du corps expéditionnaire du général Richepance. Les autres insurgés étaient exécutés…

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