4 mai… 1897 – Un incendie se déclenche au Bazar de la Charité

Vers 16 heures 30 ce 4 mai 1897, rue Jean Goujon à Paris, un gigantesque incendie se déclenche au Bazar de la Charité, où l’aristocratie est réunie. En un temps record, la structure, qui a pris au piège plusieurs centaines de personnes, se transforme en un amas de cendres…

Couverture du Petit Journal, supplément illustré en date du 16 mai 1897, numéro 339, Incendie du Bazar de la Charité, le sinistre. ©Osvaldo Tofani Domaine public

Mis en exergue à travers une mini-série à succès, intitulée Le Bazar de la Charité et diffusée en 2019, l’événement a marqué la France comme l’une des catastrophes les plus sombres de son histoire…

Une manifestation mondaine et charitable à ne pas manquer

Le 4 mai 1897, à proximité des Champs-Elysées, s’ouvre le grand Bazar de la Charité. Cette institution, fondée en 1885 par des membres de la haute société catholique, a lieu chaque année au printemps.
Elle réunit un certain nombre d’oeuvres de charité (Petites sœurs de l’Assomption, des cercles catholiques d’ouvriers, les œuvres des enfants et des jeunes filles aveugles de Saint-Paul…) et offre l’occasion aux personnalités de la haute société de briller par leur présence et bien sûr, par leur grande générosité.

Le journal L’Eclair décrit la manifestation comme l’«un des lieux de rendez-vous les plus élégants et les plus aristocratiques.» Il ajoute :

«Sous le couvert de la charité, bien des choses étaient permises qu’en toute autre occasion prohibait le code mondain. Moyennant une poignée de louis, la jeune et jolie baronne de Z… laissait ses adorateurs déposer sur sa jour un baiser. «C’est pour mes pauvres», disait-elle en rougissant de bonheur.»

L’attraction de l’année: le cinématographe des frères Lumière

Cette année, l’événement a lieu rue Jean Goujon.
Sur un terrain vague, une vieille rue de Paris au décor moyenâgeux a été reconstituée. Sur 80 mètres de long et 20 de large, chaque oeuvre dispose d’un comptoir à l’enseigne pittoresque (l’Ecu d’argent, le Lion d’or, le Pélican blanc…).

L’ensemble est en bois, que surmonte une verrière et à certains endroits, d’un vélum, pour tamiser la lumière. C’est le cas notamment dans un coin du Bazar où se trouve la grande nouveauté de cette édition. Il s’agit du cinématographe des frères Lumière, accessible par un tourniquet moyennant 50 centimes. L’attraction rencontre un franc succès. Tout le monde s’y presse bien que, par cette belle journée du 4 mai, sous le vélum, la chaleur y soit étouffante.

Il est 16 heures 20 et le Bazar compte à ce moment de l’après-midi près de 1200 personnes présentes.

129 décès et près de 300 blessés dans l’incendie

C’est alors que dans la salle du cinématographe, des vapeurs d’éther, utilisé pour allumer l’appareil de projection, s’embrasent. Le feu s’empare aussitôt des décors, tous inflammables. Le tissu qui surplombe le Bazar se charge de propager l’incendie partout. Des lambeaux de braise pleuvent sur les visiteurs, la fumée se fait de plus en plus épaisse et la chaleur est insupportable. Affolée, la foule se presse vers les deux seules issues du Bazar. Mais elles sont trop étroites pour laisser passer plusieurs personnes à la fois.
A l’incendie, la panique ajoute un autre drame… De nombreuses femmes, gênées par leurs robes, et des enfants, bousculés par plus grands qu’eux, tombent et se font littéralement piétiner.

Des riverains, relayés ensuite par les sapeurs-pompiers, tentent de secourir les personnes prisonnières de l’enfer. Ils en sauvent un certain nombre. Mais à la fin de la journée, tandis que le Bazar n’est plus qu’un amas de cendres encore fumant, on compte 129 décès, de femmes et d’enfants surtout, et près de 300 blessés.

Le Bazar, un exemple à ne pas suivre

Moyennant plusieurs mois voire années pour se remettre psychologiquement de cette tragédie, la France en tire néanmoins des leçons efficaces. Elle met en place des réglementations strictes de prévention contre le risque incendie…

Désormais, tous les établissements recevant du public devront s’y soumettre.
Ainsi, les issues de secours seront proportionnelles à la capacité des locaux; les matériaux qui composeront les lieux devront mieux résister au feu; les liquides inflammables seront interdits; etc.

Un hommage est par ailleurs rendu aux victimes rue Jean Goujon. En effet, en 1901, à l’emplacement même où se tenait trois ans plus tôt le Bazar de la Charité, une chapelle de la Consolation est inaugurée.

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