Tas de crânes de victimes empilés

17 avril… 1975 – Les Khmers Rouges envahissent Phnom Penh

En l’espace d’une matinée le 17 avril 1975, des soldats communistes, les Khmers rouges, prennent possession de la capitale du Cambodge, Phnom Penh. Un régime répressif orchestré par Pol Pot s’installe dans le pays pour 44 mois et engendrera des millions de morts.

Crânes de victimes des khmers rouges. ©Sigmankatie — Travail personnel. CC BY-SA 3.0

Longtemps incompris ou minimisé, le génocide cambodgien engendré par le régime khmer rouge, doit en partie sa reconnaissance universelle aux récits de ce cauchemar livrés voire incarnés par des survivants.
Parmi les plus emblématiques, figurent La déchirure, bouleversant film de Roland Joffé en 1985. Mais aussi l’oeuvre documentaire magistrale du réalisateur franco-cambodgien et rescapé Rithy Panh (S21, la machine de mort khmère rouge (2002), L’image manquante (2013), Exil (2016)). Ou encore, le poignant livre de Loung Ung, D’abord ils ont tué mon père (2000), adapté au cinéma par Angelina Jolie en 2017.

Territoire de l’horreur malgré lui

Début 1975, le Cambodge est un territoire gangréné par la guerre du Vietnam, son voisin. Malgré sa neutralité dans le conflit, le pays a en effet subi quantité de bombardements de la part des forces américaines, luttant contre les communistes. Au point pour des milliers de Cambodgiens pro-républicains de finalement se rapprocher de ces derniers.
Aussi, lorsque les Khmers rouges entrent dans Phnom Penh le 17 avril 1975, les habitants voient en eux des sauveurs venus les libérer de l’agresseur occidental. Il n’en sera rien.

L’homme à la tête de ces jeunes lourdement armés vêtus de noir et d’un foulard rouge, est Pol Pot. Lors de ses études en France dans les années 1950, il a découvert le marxisme. Puis, en 1965, lors d’un voyage en Chine populaire, il a achevé de se convaincre du pouvoir de la paysannerie pauvre dans la nécessaire révolution socialiste. Il a parallèlement renforcé sa haine pour l’Occident et la culture moderne.

La machine khmer rouge à l’oeuvre

Une fois au Cambodge, son objectif en tant que secrétaire général du parti communiste et premier ministre du Kampuchea (nouveau nom du pays) est clair: la rééducation par la force sinon l’éradication pure et simple, de la population intellectuelle et citadine, pro-occidentale.
La capitale est donc vidée de ses habitants en quelques heures. Les autres villes du pays suivront. Les déportés prennent le chemin de camps de travail et de rééducation. Là, mal nourris – deux louches d’eau de cuisson de riz par jour et par prisonnier -, mal vêtus et astreints à des tâches dures et humiliantes, les Cambodgiens meurent en nombre. Si ce n’est de maladie, ils meurent sous les coups de pioche.

Sur près de 4 ans, jusqu’à la chute du régime, 1,5 à 2,2 millions de Cambodgiens trouvent la mort. Soit 20 à 30% des 7,5 millions de Cambodgiens victimes de la folie meurtrière des Khmers rouges. La population citadine, la plus ciblée, a diminué de 40%. La population rurale de 10 à 15% « seulement ». Dans la première, seuls 4 magistrats sur 550 que comptait le pays, ont survécu; les deux tiers des fonctionnaires et policiers, et les quatre cinquième des officiers ont été exterminés; de même, la moitié des personnes diplômées d’études supérieures a été éradiquée.

La reconnaissance du génocide

Il faut attendre le 7 janvier 1979 pour que l’horreur prenne fin. Les Vietnamiens entrent alors dans Phnom Penh tandis que Pol Pot et les autres dirigeants prennent le chemin de la clandestinité. La majorité ne sera jamais inquiétée. Certains même, auront retourné leur veste à temps pour jouer un rôle dans le nouveau gouvernement cambodgien. A noter d’ailleurs que le premier ministre actuel du pays, Hun Sen, est un khmer rouge repenti.

En 2018 cependant, deux ex-dirigeants khmers encore en vie ont été jugés par un tribunal international parrainé par l’ONU. Déjà condamnés à la prison à vie en 2014 pour crimes contre l’humanité, Nuon Chea et Khieu Samphan ont été reconnus coupables de «génocide». En 2011, Rithy Panh a d’ailleurs réalisé un film documentaire sur une autre de ces têtes pensantes khmers rouges, Kaing Guek Eav, alias « Duch« . Aucun autre ex-leader après Nuon Chea et Khieu Samphan n’a été ni ne sera inquiété. Par leur procès, le tribunal international a reconnu le génocide.
Pol Pot quant à lui, est mort sans jamais avoir été jugé, en 1998.

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