9 mars… 1994 – Daniel Day-Lewis, membre de l’IRA malgré lui

Dans Au nom du père de Jim Sheridan, sorti le 9 mars 1994, l’acteur anglo-irlandais joue un voyou, accusé à tort d’avoir commandité un attentat contre des soldats anglais, pour le compte de l’IRA. Adapté de l’autobiographie de Gerry Conlon, le film est un chef d’oeuvre du cinéma, qui met brillamment en scène Daniel Day-Lewis, Pete Postlethwaite et Emma Thompson.

Quiconque a déjà vu Daniel Day-Lewis à l’écran, sait à quel point l’acteur s’investit physiquement et psychologiquement dans chacun de ses rôles, qu’il a peu nombreux tant il les choisit avec minutie. En 45 ans, ce dernier totalise en effet seulement 21 films.
Parmi ceux-ci, Au nom du père est considéré par beaucoup comme l’un des plus marquants de sa carrière. Daniel Day-Lewis y est en effet exceptionnel, au même titre que Pete Postlethwaite et Emma Thompson.
Sous la direction de Jim Sheridan, avec qui Day-Lewis a collaboré dans My left foot en 1989, les comédiens interprètent l’histoire vraie de Gerry Conlon. Elle est racontée par le premier dans son autobiographie Proved Innocent

En 1974, en Irlande du Nord

Comme il le raconte dans son livre, Gerry Conlon est, en 1974, un jeune délinquant sans emploi de Belfast. Un jour, alors qu’il tente d’échapper à une interpellation, il attire involontairement des soldats britanniques vers une planque de l’IRA (Armée Républicaine Irlandaise). Les terroristes menacent alors de se venger.
Gerry s’enfuit alors à Londres avec son ami Paul Hill.

Mais le soir du 5 octobre, à Guildford près de Londres, deux pubs où se réunissaient des soldats anglais sont la cible d’un attentat à la bombe. Bilan: 5 morts.
Gerry et Paul sont aussitôt accusés d’en être les auteurs, à la suite d’une dénonciation. Interrogé sans relâche, torturé physiquement et psychologiquement, Gerry finit par signer des aveux fabriqués de toutes pièces. Ces aveux le mettent en cause mais accusent également son ami Paul et un couple d’amis (« Les Quatre de Guildford« ). Des membres de sa famille sont aussi visés, dont son père

L’«affaire des Quatre de Guildford»

Déclenchée dans les années 1980, l’«affaire des Quatre de Guildford» a fait grand bruit et pour cause. La police avait dissimulé des preuves pour pouvoir mieux inculper les quatre jeunes comme des terroristes de l’IRA. Leur découverte a entraîné un nouveau procès et la libération, en héros, de Gerry et de ses trois compagnons. Malheureusement, son père n’a pas survécu au cauchemar et les policiers impliqués n’ont pas été inquiétés.

Daniel Day-Lewis, dans la peau du héros

Jim Sheridan, irlandais, avait à coeur de mettre en scène cette histoire vraie.
Au même titre que dans The Fields (1990) ou The Boxer (1997) qui ont aussi l’Irlande pour décor, le réalisateur met dans Au nom du père un soin particulier à exposer sur grand écran le sort de son pays.
Daniel Day-Lewis, anglais, se sent tout autant concerné. Durant le tournage, il passe des heures à discuter avec Gerry Conlon et effectue même un court séjour en prison. Là, il demande aux gardiens de le réveiller tous les quarts d’heure. Le tout pour mieux entrer dans la peau du héros. Daniel Day-Lewis obtient la nationalité irlandaise en 1993.
In fine, la performance des acteurs et la mise en scène, sur fond de U2, Bob Dylan, Jimi Hendrix ou encore Bob Marley, offre un chef d’oeuvre qui aurait mérité plus d’une récompense.
Au nom du père obtient en effet 7 nominations aux oscars, 5 à la Berlinale, 2 aux BAFTA et 3 aux Golden Globe. Pour autant, il ne reçoit « que » l’Ours d’Or à la Berlinale.