6 février… 1637 – Crise de la Tulipe aux Pays-Bas

Ce jour-là du 6 février 1637, comme à l’accoutumée, des négociants se retrouvent dans les tavernes de Haarlem, aux Pays-Bas, pour faire leur marché de bulbes de tulipe, très prisés et très rentables. Jusqu’à ce moment-là du moins, où la bulle spéculative éclate brutalement, provoquant ce que l’on considère comme la première crise financière de l’histoire.

Pamphlet néerlandais critiquant la tulipomanie, imprimé en 1637, à la suite de l’effondrement des cours. Domaine public

S’il est difficile d’en établir clairement la cause (la peste bubonique qui ravage alors la ville d’Haarlem?), l’effondrement brutal et vertigineux du marché de la tulipe est, le 6 février 1637, bien réel.

Un symbole de richesse

L’engouement pour cette fleur remonte à la fin du XVIème siècle, soit 40 ans auparavant. Un professeur de botanique, Charles de l’Ecluse, fait alors planter des bulbes de tulipe dans le jardin de l’université de Leyde. Cette fleur, découverte à Constantinople et importée en Europe, est inconnue aux Pays-Bas.
Là, la population, qui se passionne depuis peu pour l’horticulture et le jardinage, s’intéresse de plus en plus près à la tulipe. A Haarlem comme à Amsterdam, les bourgeois surtout, en ornent leurs jardins privés. La fleur devient ainsi un symbole de richesse.

Il faut savoir cependant que la tulipe, comme toute fleur qui se respecte, a sa saisonnalité. Plantés alors entre juin et septembre, les bulbes de tulipe fleurissent entre avril et mai de l’année suivante. Ainsi, ce décalage donne-t-il naissance à un marché à terme : on s’engage en hiver à acheter des bulbes en été pour ensuite espérer les revendre à profit.

Une tulipe à 10 000 florins

En 1634, la spéculation a pris un nouvel élan, surtout avec l’arrivée de la France sur le marché, dont la demande est croissante et contribue ainsi à faire grimper les prix. Cette folie est confortée par un projet soumis au Parlement hollandais qui prévoit que les contrats de négoce n’incluront plus une obligation d’achat, mais ne seront que des options.
En découle une multiplication des spéculateurs… Les prix, eux, continuent de s’envoler : un bulbe de Semper Augustus, la tulipe la plus recherchée, vaut 10 000 florins (1 florin égale environ 10 euros) soit l’équivalent à l’époque du prix d’un beau palais au coeur d’Amsterdam!

Mais le 6 février 1637, tandis que les négociants négocient, la bulle spéculative éclate, le marché s’effondre, la ruine menace.
Pour faire face à cette «Tulipomania», situation inédite en son genre, les députés d’Amsterdam déclarent ce marché être un jeu de hasard et annulent tous les contrats à terme.
In fine, très peu d’acheteurs pâtissent de ce retournement de situation. Et, si l’on parle déjà de crise financière, le monde va en connaître de bien pires…