5 février… 1936 – Chaplin présente «Les Temps modernes»

Dernier de ses films mettant en scène son personnage de Charlot, Les Temps modernes de Charlie Chaplin colle plus que jamais à son temps, celui de la Grande Dépression survenue après le krach boursier de 1929, aux Etats-Unis. Présenté à New York le 5 février 1936, le film sera un succès.

Charlie Chaplin dans une scène du film «Les Temps Modernes». ©United Artists — ebay. Domaine public

Charlot est un ouvrier à la chaîne, que le travail répétitif finit par rendre fou. Après avoir servi de cobaye dans le test d’une machine destinée à nourrir les employés pendant qu’ils travaillent, le petit héros perd son emploi.
Il rencontre rapidement la Gamine, incarnée par Paulette Godard. Ensemble, ils tentent de survivre au milieu du chômage, des grèves et des inégalités économiques qui rythment leur époque, celle des années 1930…

Le reflet d’une époque

Drôle, sentimental et tragique à la fois, Les Temps modernes s’inscrit parfaitement dans la lignée des autres « Charlot » de Chaplin. A ceci près que ce dernier né fait un peu office d’exutoire pour son réalisateur et acteur principal. En effet, Chaplin exprime ici ses inquiétudes quant à la situation dramatique à laquelle fait face le monde occidental, entre chômage de masse et émergence de l’automatisation industrielle.

En 1931 déjà, il déclarait à un journaliste: «Le chômage, voilà la question essentielle. Les machines devraient faire le bien de l’humanité, au lieu de provoquer tragédie et chômage.» Face à ce fléau, Charlot et la Gamine, les deux héros des Temps modernes, sont «les deux seuls esprits vivants dans un monde d’automates. Nous sommes des enfants sans aucun sens des responsabilités. Le reste de l’humanité est accablé par ses devoirs. Nous sommes libres en esprit.»
En atteste la fin du film, préférée à une autre plus triste où lui terminait dépressif et elle nonne, où le couple s’éloigne sur la route bras dessus bras dessous, avec inscrit : «Nous nous débrouillerons.»

Charlot parlant, Chaplin muet

Les Temps Modernes se distingue aussi des autres « Charlot » par son passage parlant, le seul du film et le seul de tous les « Charlot » de Chaplin. Engagé comme garçon chantant, Charlot remplace au pied levé le ténor romantique. Il écrit les paroles sur ses manchettes, qu’il perd dès qu’il entre sur scène. Il improvise alors un charabia qui deviendra mythique.

En 1936, le cinéma parlant existe depuis presque dix ans, depuis la sortie de The Jazz Singer. Mais Chaplin est persuadé que son style comique tient à la pantomime muette avec laquelle il s’est rendu célèbre. De plus, qui le comprendrait à l’international s’il se mettait à parler anglais…
Il se refuse donc à intégrer des dialogues à son film. Il essaye, bien sûr. Un gros pan de scénario avec des propos pleins d’esprit existent même. Mais après deux jours de tournage, Chaplin se résout à redevenir muet.

«Les dialogues peuvent avoir leur place dans la comédie… mais ils n’ont pas de place dans le genre de comédies que je fais… […] Pendant des années, je me suis spécialisé dans un genre de comédie : la pantomime pure. Je l’ai mesurée, évaluée, analysée. J’ai réussi à en établir les principes exacts afin d’en maîtriser les effets sur le public. Cette comédie-là possède un rythme et un tempo propres. Le dialogue, à mon sens, ralentit toujours l’action, car celle-ci doit alors se plier aux mots.»

Chaplin ne manque cependant pas d’accorder le plus grand soin aux effets sonores, pour la scène des gargouillis d’estomac par exemple. «Les bruits naturels font partie de la composition», rappelle-t-il.

L’hommage de Mickey Mouse et Walt Disney

Une fois achevés, Les Temps modernes effectuent leur sortie à New York le 5 février. Mais c’est une présentation discrète. Celle faite à Hollywood le 12 février au Grauman’s Chinese Theatre, est autrement plus prestigieuse. En avant-programme, un nouveau court-métrage des studios Walt Disney, Orphan’s Picnic. Ce dernier, admiratif du travail de Chaplin, a d’ailleurs pris soin de faire inscrire dans le programme de la soirée : «en hommage au pantomime suprême dont l’art et le talent inimitables sont éternels.» Un mot signé «Mickey Mouse et Walt Disney».

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