29 janvier… 1635 – Richelieu fonde l’Académie française

Née le 29 janvier 1635 de l’initiative du cardinal de Richelieu, l’Académie française conserve, près de 400 ans après sa création, sa vocation première: mettre en valeur la langue française. Prestigieuse, l’institution revêt une importance hautement symbolique que rappelle son siège, l’Institut de France, face au Louvre.

Institut de France/Académie française et pont des Arts (Paris) ©Nitot — Recadrage de File:Institut-de-france-pont-des-arts.jpg CC BY-SA 2.5

Théâtre d’un essor intellectuel important sous le règne de Louis XIII, la France voit se réunir de plus en plus nombreux, lettrés, poètes et grammairiens dans les salons parisiens.
Dans ces décennies 1620 et 1630, la mode est au beau langage. Celui-ci ne craint d’ailleurs pas les excès, au point d’être moqué sous le terme «préciosité».

Au milieu de tous ces beaux parleurs, un groupe d’érudits attire néanmoins l’attention du cardinal de Richelieu. En font partie le secrétaire du roi Louis XIII, Valentin Conrart, et le sien propre, le seigneur de Boisrobert, qui le rend compte de ses réunions.
Richelieu a alors l’idée de mettre les réflexions des gens de lettres au service de l’Etat.
Son objectif : promouvoir l’esthétique classique, supplanté par la préciosité et le baroque.

Une institution officielle, composée de 9 puis 28 puis enfin, 40 membres, est ainsi fondée par lettres patentes, le 29 janvier 1635. Elle bénéficiera de la protection du Cardinal et prend le nom d’«Académie». Le terme vient d’Akademos, nom grec du jardin où Platon dispensait ses cours de philosophie. Pendant la Renaissance, il a été utilisé pour désigner les sociétés savantes où l’on discutait belles lettres, sciences, philosophie, art…

Travailler à donner des règles à la langue française

Comme voulu par Richelieu et ainsi que le stipule l’article 24 de ses statuts, l’Académie française a pour principale fonction de «travailler avec tout le soin et toute la diligence possible à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et la science…»
Aussi, ses « Immortels » (surnom donné aux académiciens, provenant de la devise de l’institution souhaitée par Richelieu, «A l’immortalité!». En réalité, c’est leur mission de porter la langue française qui est immortelle, et non eux!) oeuvrent de concert à la rédaction d’un Dictionnaire de la langue française et à son évolution.
Ces 40 membres de l’Académie sont cooptés par leurs pairs. Leur fonction d’académicien dure jusqu’à leur mort. Cependant, Richelieu, comme les rois après sa mort et les présidents après eux, peuvent s’opposer à l’entrée d’un membre à l’Académie française.
Louis XIV hésitera par exemple à approuver la nomination de Jean de La Fontaine, auteur de contes grivois… Le Général de Gaulle, lui, s’opposera dix ans durant à l’entrée de Paul Morand, sympathisant vichyste sous l’Occupation, avant de céder.

L’aînée de cinq Académies

L’impact de la création de l’Académie française par Richelieu après sa mort en 1642, n’aurait pu être imaginé par ce dernier…
Inspiré par son prédécesseur, Mazarin fonde à son tour une Académie de peinture et de sculpture. Elle deviendra l’Académie des Beaux-Arts en 1816. En 1663, c’est au tour du ministre Colbert de créer l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Elle met à l’honneur l’histoire, l’archéologie et la philologie. Trois ans après, c’est au tour de l’Académie des Sciences de voir le jour. Enfin, en 1795, naît l’Académie des Sciences morales et politiques.

Ensemble, les 5 Académies forment l’Institut de France.
La plus vieille d’entre elles est aussi sans nul doute celle qui compte aujourd’hui les membres les plus âgés. Les 733 qui se sont succédés entre 1635 et 2019 poursuivent la mission originelle de l’Académie française. L’influence de cette dernière est cependant moindre qu’à sa création… En atteste son récent désaccord sur la féminisation des noms des professions (auteure, docteure, préfète…), généralisée par les médias et les administrations.