28 janvier… 1910 – Crue centennale dans la capitale française

111 ans après, certains immeubles parisiens témoignent encore du sinistre par une petite marque indiquant la hauteur de la crue, gravée sur leur façade. Il faut dire que l’ampleur de la catastrophe, à son paroxysme le 28 janvier 1910, a alors tout d’exceptionnel à Paris, et de presque inédit.

Inondations de Paris 28 janvier 1910. Cour de Rome et place Gabriel Péri, gare Saint-Lazare. ©Agence Rol — Bibliothèque nationale de France. Domaine public

En ce début d’année 1910 et depuis plusieurs mois déjà, les météorologues pressentent, sinon une crue à Paris, des dommages dans le Bassin Parisien. En effet, l’été et l’automne 1909 ont été particulièrement pluvieux dans la région, provoquant le débordement des affluents de la Seine. Les conséquences vont dépasser leurs pires craintes…

«Elle sort de son lit, tellement sûre d’elle…»

Vanessa Paradis relate l’événement en chanson, dans Un monstre à Paris
Le 21 janvier, la Seine déborde. L’eau s’infiltre alors dans tous les réseaux souterrains de la capitale (les égouts, le réseau téléphonique, le métro, la distribution d’eau…) puis ressort par les bouches du métro et autres percées dans la chaussée. Les tableaux conservés dans les sous-sols du Louvre, sont sauvés in extremis. Dès lors, le fleuve ne va pas cesser de grimper pendant une semaine jusqu’au vendredi suivant, 28 janvier.

Ce jour-là, la montée des eaux atteint en effet son apogée : 8,42 mètres, au pont des Tournelles. Du jamais vu depuis… 1658. Le lendemain, les experts peuvent finalement constater le début, timide certes mais incontestable, de la décrue. Le dimanche 30, Le Matin titre ainsi sa Une : «La Seine baisse enfin, Paris respire!» Il faudra néanmoins deux mois au fleuve, jusqu’au 15 mars, pour retrouver son lit.

Evénementiel… et catastrophique

Durant la semaine critique du 21 au 29 janvier, Paris s’est transformée en Venise. Maintes fois photographiée dans cet accoutrement, la ville reste néanmoins nettement moins féérique que la Sérénissime : les embarcations de fortune remplacent les gondoles ; les déchets et les rats envahissent les rues ; les 20 000 immeubles touchés sont plongés dans l’obscurité et le froid ; au mauvais ravitaillement s’ajoute le manque d’eau potable…
La crue a touché 12 arrondissements de Paris et expulsé 200 000 Parisiens de chez eux.
On déplore une seule victime dans la capitale, un sapeur-pompier emporté avec son embarcation. En banlieue, il faut en compter une trentaine. Les dégâts matériels, considérables, sont évalués à 400 millions de francs or.

Eternelle Ville-Lumière

Très vite, le président Armand Fallières, le président du Conseil Aristide Briand et le préfet Lépine se mobilisent. Ensemble, ils parcourent les zones sinistrées. Dès le 22 janvier, le gouvernement débloque 2 millions de francs puis le 11 février, 20 millions.
Dans Paris, le drame a généré un véritable élan de solidarité. Personnes touchées et préservées oeuvrent de concert au nettoyage, en évacuant la boue, la vase et l’eau des rues, des appartements et des caves. Il faut rapidement désinfecter et assainir pour éviter une quelconque épidémie.

In fine, il faudra plusieurs années pour achever de redonner à la capitale l’allure qui est sienne, de «Ville-Lumière». La Seine quant à elle, ressortira de nombreuses fois de son lit, contraignant chaque fois le zouave du pont de l’Alma, fameux repère, à un bain forcé. Sans atteindre les 8 mètres de hauteur, le fleuve causera néanmoins de nouveau quelques frayeurs, comme en mai 2016 où il a atteint presque 6,50 mètres de hauteur… A quand la nouvelle crue centennale ?

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