Manifestants avec des pancartes, réclamant la libération de Julian Assange, fondateur de Wikileaks

29 novembre… 2010 – Wikileaks porte un coup à la diplomatie

Au matin du 29 novembre, l’association Wikileaks divulgue, en partenariat avec des quotidiens internationaux, 250 000 câbles diplomatiques américains « secret-défense ». Julian Assange, son fondateur, à l’initiative de cette divulgation, devient alors célèbre dans le monde entier.

Demonstration in front of Sydney Town Hall in support of Julian Assange, 2010, December 10. Elekhh – Own work. CC BY-SA 3.0

Faire connaître au public des vérités que les gouvernements voudraient cacher. Tel est la raison d’être de l’ONG Wikileaks (« leaks » veut dire « fuites » en anglais) à sa création en 2006 par Julian Assange.

L’informaticien australien, reconnaissable entre mille avec ses cheveux blonds et son teint pâle, a alors 35 ans. L’homme est un cyber-militant acharné. Il utilise internet pour communiquer aux citoyens du monde la réalité qui se dissimule derrière la parole des gouvernants.

Coup de tonnerre sur la diplomatie

2010 pourrait sans nul doute s’appeler « l’année Wikileaks », celle où le site se fait mondialement connaître par le biais de ses importantes révélations.
En avril, la vidéo d’un raid aérien mené par les Etats-Unis sur Bagdad montre 18 civils tués par des tirs de mitrailleuse.
Puis, dans les mois qui suivent, près de 500 000 documents confidentiels sortent de l’ombre. Ils font référence aux interventions américaines en Afghanistan et en Irak. C’est un analyste militaire du nom de Bradley Manning, en poste là-bas à l’époque, qui a transmis le tout à Wikileaks.
Arrêté, ce dernier a été condamné en 2013 à 35 ans de prison. Barack Obama a néanmoins commué sa peine avant de quitter la Maison Blanche. Il a été libéré en janvier 2017.

Ensuite, le 29 novembre, c’est un nouveau coup porté par l’ONG : 250 000 télégrammes diplomatiques sont divulgués par Le Monde en France, El Pais en Espagne, Der Spiegel en Allemagne et The New York Times aux Etats-Unis. Ils révèlent les réflexions des ambassadeurs américains sur les politiques de tel ou tel pays ; mais aussi leurs avis sur les agissements de ces derniers, sur la situation économique des pays où ils sont en poste… Il n’en faut pas plus aux gouvernements du monde pour s’insurger.

Et Wikileaks ne s’arrête pas là : en avril 2011, le site dévoile des dossiers de détenus de Guantanamo et accuse la Maison Blanche de tortures et de détentions arbitraires.
Bien sûr, l’ONG avait précédemment opéré d’autres coups d’éclat, comme la publication du dossier d’instruction du pédophile Marc Dutroux en 2009, par exemple. Mais elle n’avait jamais tapé aussi fort.

Assange, l’homme à abattre

En 2010, Julian Assange fait déjà l’objet d’une accusation de viol en Suède.
Suite aux publications par Wikileaks, la police l’arrête le 7 décembre, au Royaume-Uni. Un mandat d’arrêt international a été lancé contre lui quelques jours avant et une enquête pour espionnage a été ouverte aux Etats-Unis.

Plus tard, Assange est libéré sous caution. Il se réfugie néanmoins en juin 2012 à l’ambassade d’Equateur, à Londres, pour éviter son extradition aux Etats-Unis.
Le pays lui a bien offert l’asile politique, mais l’Angleterre refuse de lui délivrer un sauf-conduit. L’informaticien est donc forcé de rester cloîtré dans l’ambassade. Il le reste 7 ans, jusqu’en avril 2019. Lenin Moreno, nouveau président de l’Equateur qui a fait lui-même l’objet de révélations par Wikileaks, décide en effet de l’expulser.
Julian Assange est alors arrêté par la police britannique. Tandis que les charges contre lui en Suède ont été abandonnées en 2017 faute de preuves, l’homme doit toujours être jugé de son extradition vers les Etats-Unis ou non.

Affaire à suivre…

Le procès de Julian Assange a commencé en mars 2020. Mais, confinement oblige, il a été interrompu pour mieux reprendre en septembre et s’achever début octobre.

A noter qu’en mars 2019, Chelsea Manning – nouveau nom de Bradley Manning, devenue femme – a été à nouveau incarcérée. Elle a refusé de témoigner contre Julian Assange. Elle a été libérée un an après, en mars 2020.

Le fondateur de Wikileaks, accusé d’espionnage par les Etats-Unis, encourt 175 ans de prison outre-Atlantique. La justice britannique rendra sa décision de l’extrader ou pas, le 4 janvier 2021.

Laisser un commentaire