26 novembre… 1974 – L’avortement est défendu par Simone Veil à l’Assemblée

La date est historique : ce 26 novembre, avec un courage exceptionnel et à travers un discours d’une rare intensité, Simone Veil présente une loi légalisant l’avortement. Le Ministre de la Santé devient alors une figure de la lutte pour le droit des femmes. Elle contribuera largement à le faire évoluer.

Simone Veil posant dans son bureau
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La lutte d’avant-Veil

Les femmes n’ont évidemment pas attendu Simone Veil pour réclamer ouvertement le droit à l’IVG (Interruption Volontaire de Grossesse). A l’époque, l’avortement est pratiqué pour raison médicale. Autrement, il reste un délit, passible de prison.

  • Le 5 avril 1971, 343 femmes (les « 343 salopes » selon Charlie Hebdo) signent un long manifeste dans Le Nouvel Observateur :
    «Un million de femmes se font avorter chaque année en France. […] Je déclare que je suis l’une d’elles. Je déclare avoir avorté.» Ces femmes s’appellent Françoise Sagan, Catherine Deneuve, Delphine Seyrig, Simone de Beauvoir, Jeanne Moreau…
  • En octobre 1972, Gisèle Halimi défend Marie-Claire Chevalier, 16 ans, jugée pour avoir avorté après qu’on l’a violée. Le procès de Bobigny fait grand bruit. La jeune fille sortira finalement acquittée.
  • Le 13 décembre 1973, le Ministre de la Santé Michel Poniatowski présente un projet de loi. Il légalise l’IVG «en cas de risque pour la santé physique, mentale ou psychique de la femme, d’un risque élevé de malformation congénitale ou d’une grossesse consécutive à un acte de violence.» La proposition est rejetée par 225 voix contre 212.

Jour J pour l’IVG

Secrétaire générale du Conseil Supérieur de la Magistrature, Simone Veil est appelée au gouvernement le 28 mai 1974, par le Premier ministre Jacques Chirac. On la charge aussitôt de préparer un nouveau projet de loi sur l’avortement.

Le public ne connaît pas encore très bien Simone Veil. Mais il sait déjà son intelligence, son humanité, et son courage puisé dans un douloureux passif, celui des rescapés de la Shoah.
Aussi, quand elle monte à la tribune de l’Assemblée le 26 novembre 1974, le silence s’impose de lui-même dans l’auditoire.

«Je voudrais vous faire partager une conviction de femme. Je m’excuse de le faire devant une Assemblée constituée quasi exclusivement d’hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de coeur à l’avortement. […] Nous ne pouvons plus fermer les yeux sur les 300 000 avortements qui, chaque année, mutilent les femmes de ce pays, qui bafouent nos lois, et qui humilient ou traumatisent celles qui y ont recours.»

L’heure des débats

Au terme de 38 minutes de discours, les applaudissements retentissent. Mais de longues heures de débats enflammés vont lui succéder. Dans l’hémicycle, les députés rivalisent d’impudence, du côté de la majorité de droite notamment…
Jean Foyer scande: «Le temps n’est pas loin où nous connaîtrons en France ces « avortoirs », ces abattoirs où s’entassent des cadavres de petits hommes…»
Puis, Alexandre Bolo intervient à son tour : «Vous instaurez un nouveau droit, celui de l’euthanasie légale.» Pierre Bourson lui répond aussitôt «Comment osez-vous parler d’euthanasie à Madame Veil!», pensant à la famille de celle-ci, gazée dans les camps.
Quant à Emmanuel Hamel, il n’hésite pas à faire marcher un magnétophone. Dans l’hémicycle, résonnent les battements de coeur d’un «petit être conçu le 4 octobre 1973 et enregistré quarante-neuf jours après.» Le président Edgar Faure le stoppe vivement : «Monsieur Hamel, vous n’avez pas le droit, à cette tribune, de faire entendre une autre voix que la vôtre.»

284 voix pour, 189 contre

La séance s’achève au terme de 25 heures de débats et 64 interventions d’orateurs.
Le 29 novembre, 284 voix contre 189 adoptent le texte en première lecture.
Le 17 janvier 1975, la loi Veil est promulguée mais reste une loi provisoire. Il faut attendre cinq ans, soit le 31 décembre 1979, pour qu’elle devienne définitive. Et dix ans, soit jusqu’en 1983, pour que l’avortement soit pris en charge par la Sécurité Sociale.