4 novembre… 1979 – Des étudiants prennent en otage l’ambassade américaine à Téhéran

Le 16 janvier 1979, sous la pression de la population iranienne, le Chah Mohammad Rezah Pahlavi a fui l’Iran. Il a laissé place à l’ayatollah Komeiny, principal fer de lance de la révolution islamique. Dix mois plus tard, 400 étudiants prennent d’assaut l’ambassade américaine à Téhéran. Ils réclament l’extradition du Chah aux Etats-Unis, où ce dernier est alors réfugié.

Une foule d'étudiants manifeste devant l'ambassade américaine à Téhéran. Ils franchissent le mur d'enceinte.
Des étudiants iraniens montent à l’ambassade américaine à Téhéran, 4 novembre 1979. ©Auteur inconnu / Wikimedia Commons. Domaine public

Pahlavi à Téhéran !

Ce 4 novembre 1979, à Téhéran, quelque 400 étudiants iraniens se rendent à l’ambassade américaine pour réclamer l’extradition du Chah.

Depuis le 31 mars de cette même année, l’Iran vit sous le régime de la république islamique et l’autorité de son guide suprême, l’Ayatollah Rouhollah Khomeiny.
Ce dernier mûrissait depuis longtemps une révolution politique, sociale et religieuse en Iran, qui s’est notamment cristallisée le 8 septembre 1978. Ce jour-là, qualifié de «vendredi noir», des manifestations d’une extrême violence se sont déroulées à Téhéran, tuant et blessant des centaines d’Iraniens. Ces derniers réclamaient le départ de Rezah Pahlavi.
Le roi a finalement pris la fuite avec sa famille quatre mois après, le 16 janvier 1979.

Mais la population n’en a pas pour autant terminé avec Pahlavi. Les Iraniens veulent le juger et le condamner à mort. Ils exigent donc son extradition des Etats-Unis, où il est à ce moment-là hospitalisé. Le chah souffre en effet de la maladie de Waldenstörm.

Résistance et débordements

Les étudiants ne sont pas arrivés les mains vides devant l’ambassade.
Equipés de gourdins, ils se heurtent aux Marines, qui parviennent à leur résister pendant trois heures, à coup de bombes lacrymogènes.
Finalement, les manifestants parviennent à franchir le mur d’enceinte et à prendre d’assaut l’ambassade. Si certains diplomates parviennent à s’enfuir, Une soixantaine de ressortissants américains sont piégés. Ils sont emmenés yeux bandés et mains liées dans un local de l’ambassade.
Devant l’ambassade, ils ont dressé une potence avec une pancarte indiquant «Pour le chah».
Sur le toit, le drapeau américain est arraché et brûlé, puis remplacé par l’étendard de l’islam.
Il faut dire que la rupture entre l’Iran et les Etats-Unis, le «Grand Satan» et «un ennemi de l’islam» selon Khomeiny, est depuis longtemps consommée.

Ce dernier soutient d’ailleurs cette prise d’otages, qu’il qualifie de «seconde révolution».

L’Amérique en échec

Alors que l’Iran bloque toute livraison de pétrole aux Etats-Unis, ceux-ci décrètent un embargo commercial sur les biens de consommation iraniens et gèlent leurs avoirs bancaires.
Cinq mois plus tard, Jimmy Carter rompt toute relation diplomatique avec Téhéran.
Mais les sanctions économiques ne suffisent pas à faire flancher l’Iran.
Jimmy Carter engage alors l’opération Eagle Claw, une tentative militaire de libération des otages qui tourne au fiasco avant même d’avoir eu lieu. Dans le désert iranien, courant avril, trois hélicoptères tombent en panne et un quatrième percute un avion de transport de troupes. Huit soldats américains trouvent la mort.

Otages dans l’ambassade durant 444 jours

Entre-temps reparti des Etats-Unis, direction le Panama puis l’Egypte, Reza Pahlavi meurt le 27 juillet 1980.
En septembre, tandis que les Etats-Unis encouragent le dirigeant irakien Saddam Hussein à attaquer l’Iran, Khomeiny pose ses conditions à la libération des otages. Les pourparlers aboutissent à un accord entre Téhéran et Washington le 19 janvier 1981. Le lendemain, jour de l’investiture de Ronald Reagan, les otages sont enfin libérés, après 444 jours passés dans l’ambassade.
L’Iran de son côté, entre en guerre contre l’Irak pour une durée de huit ans…

La crise des otages de Téhéran, au cinéma

En 2012 sort Argo. Ce film réalisé par Ben Affleck est un succès. Il sera couronné de 3 oscars dont celui de Meilleur film.
S’il prend la prise d’otages de l’ambassade à Téhéran pour point de départ, le long-métrage n’en fait pas son principal sujet. En effet, Argo relate l’extradition de six diplomates américains qui ont réussi à gagner l’ambassade du Canada.
Histoire folle mais vraie : pour les évacuer d’Iran, la CIA et l’ambassade du Canada les ont fait passer pour une équipe de tournage venue en repérage pour un film de science-fiction, intitulé «Argo».

Réalisateur du film, Ben Affleck tient aussi le rôle de l’agent de la CIA chargé de coordonner l’opération, Antonio Mendez.
Un rôle un peu trop prédominant aux goûts de l’ambassade du Canada qui a regretté que le sien soit aussi minimisé à l’écran…

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