22 octobre… 1941 – Guy Môquet et 47 résistants meurent fusillés

Choisi avec 26 autres détenus sur une liste de 61 prisonniers du camp de Choisel-Châteaubriant, Guy Môquet meurt fusillé à l’âge de 17 ans. La lettre d’adieu qu’il a écrite à ses parents avant de mourir, un témoignage historique de premier choix, continue d’être lue aujourd’hui…

Portrait de Guy Môquet pris au camp de Choisel-Châteaubriant
Portrait extrait de la plaque commémorative en hommage à Guy Môquet sur le site de la Carrière des Fusillés près de Châteaubriant. ©Micsterm — Travail personnel / Wikimedia Commons. CC BY-SA 4.0

Le 20 octobre 1941 à Nantes, le commandant allemand Karl Hotz est assassiné.
Le lendemain, à Bordeaux, c’est au tour du conseiller militaire allemand Hans Reimers.
Or, ces deux meurtres surviennent deux mois après celui de l’aspirant Moser à Paris, le 21 août.

Un avis de recherche est lancé avec la promesse d’une récompense de 15 millions de francs pour la livraison des responsables – deux militants communistes, Gilbert Brustlein à Nantes et Pierre Rebière à Bordeaux.

99 Français pour 2 Allemands

Les Allemands ont une façon bien à eux d’interpréter la loi du Tallion «oeil pour oeil, dent pour dent»
En effet, pour Otto von Stülpnagel, chef des forces d’occupation allemandes en France et gouverneur militaire de Paris, la capture des deux hommes ne suffit pas. La riposte doit être plus retentissante que cela…
Aussi, décide-t-il de mettre en application le « Code des otages » qui stipule que 50 à 100 Français doivent être exécutés pour la mort d’1 soldat allemand.

Les 27 de Châteaubriant

Pour l’assassinat de Karl Hotz, ce sont exactement 48 Français qui seront exécutés, sélectionnés dans une liste de détenus par Pierre Pucheu, ministre de l’Intérieur du gouvernement de Vichy.
27 sont des prisonniers, presque tous communistes, du camp d’internement de Choisel-Châteaubriant, en Bretagne.

Le 22 octobre en début d’après-midi, les 27 otages sont appelés. Retentissent les noms de Jean-Pierre Timbaud et Charles Michels, syndicalistes ; Pierre Guéguin, ancien maire de Concarneau ; Marc Bourhis, instituteur ; ou encore Guy Môquet, militant…

Le plus jeune des détenus

Le garçon s’est engagé très tôt dans les Jeunesses communistes. A l’été 1940, dans un Paris occupé, il distribuait des tracts accusant le régime parlementaire d’avant-guerre – «des magnats de l’industrie» – de trahison et de haine à l’égard de la classe ouvrière. Il a été arrêté le 13 octobre 1940 en pleine distribution Gare de l’Est, par des policiers français. Avant lui, son père, député communiste, a été fait prisonnier par Vichy.
Agé de 17 ans, Guy Môquet est le plus jeune des détenus choisis. C’est cette jeunesse, confrontée à l’horreur du nazisme, qui le fera passer à la postérité. De même que cette lettre d’adieu touchante, écrite à ses proches dans la demie heure qui a suivi l’appel de son nom et précédé sa mort.

Ma petite maman chérie,
mon tout petit frère adoré,
mon petit papa aimé,


Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c’est d’être courageuse. Je le suis et je veux l’être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j’aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c’est que ma mort serve à quelque chose. Je n’ai pas eu le temps d’embrasser Jean. J’ai embrassé mes deux frères Roger et Rino. Quant au véritable, je ne peux le faire hélas ! J’espère que toutes mes affaires te seront renvoyées elles pourront servir à Serge, qui je l’escompte sera fier de les porter un jour. A toi petit papa, si je t’ai fait ainsi qu’à ma petite maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j’ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m’as tracée.
Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j’aime beaucoup. Qu’il étudie bien pour être plus tard un homme.
17 ans et demi, ma vie a été courte, je n’ai aucun regret, si ce n’est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels. Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c’est d’être courageuse et de surmonter ta peine.
Je ne peux en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Serge, papa, en vous embrassant de tout mon cœur d’enfant. Courage !
Votre Guy qui vous aime.
Guy
Dernières pensées : vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir !

Les otages sont ensuite emmenés à 2 km du camp, dans la clairière de la Sablière, où 9 poteaux sont dressés.
3 salves sont tirées par 90 soldats SS. Les 27 condamnés ont tous refusé d’avoir les yeux bandés. Ils meurent en chantant la Marseillaise.

72 de plus

A ces Français sacrifiés s’ajoutent le même jour 16 autres victimes, fusillées sur le champ de tir du Bêle, près de Nantes, et 5 autres au Mont-Valérien, à Suresnes. Neuf d’entre elles avaient, comme Guy Môquet, moins de 21 ans.
Les 23 et 24 octobre, au camp militaire français de Souge près de Bordeaux, 51 détenus sont à leur tour exécutés, en réponse à l’assassinat de Hans Reimers.

Stupeur et tremblements

Sitôt l’exécution des otages confirmée dans toute la France, le Parti communiste français se garde bien de revendiquer les attentats. Son silence durera plusieurs mois, avant de porter ensuite les victimes aux nues.
L’événement traumatise l’opinion publique et creuse davantage le fossé qui sépare la population du gouvernement de Pétain. En effet, si celui-ci a, un court laps de temps, proposé de se livrer à la place des otages, il n’a pas empêché son ministre Pierre Pucheu de contribuer à leur exécution.
Ce dernier paiera d’ailleurs le prix de sa collaboration avec l’ennemi, en étant à son tour fusillé le 20 mars 1944 en Algérie.

Dès le 23 octobre, De Gaulle réagit depuis Londres. Il condamne cette exécution de masse, suivi par Churchill et Roosevelt, le 25. Bien qu’il invite à ne pas tuer à nouveau d’Allemands dans les mois qui suivent, le prix à payer étant bien trop lourd, les attentats vont continuer de rythmer toute la Seconde Guerre mondiale. Y compris ceux commis par des Allemands sur des Allemands
Le 11 novembre, Nantes devient la première des cinq villes de France nommées Compagnon de la Libération. L’île-de-Sein, Grenoble, Vassieux-en-Vercors et Paris la rejoindront.