11 octobre… 1963 – La France pleure Edith Piaf et Jean Cocteau

La France vit un double deuil ce vendredi 11 octobre 1963, en apprenant coup sur coup la mort de la « Môme » Edith Piaf puis celle, quelques heures après, du « prince des poètes » Jean Cocteau. Les deux artistes auront été très unis, dans la vie, sur scène et jusque dans la mort.

On dit que les opposés s’attirent. Dans le cas du poète et de la chanteuse, c’est peu de le dire.
Difficile en effet de leur trouver un point commun…

  • dans leurs origines sociales : il vient d’un milieu bourgeois, elle est né dans la misère ;
  • dans leurs fréquentations : il côtoie les grands esprits, est membre de l’Académie Française, elle passe ses soirées avec les proxénètes et les prostituées ;
  • ou encore dans leurs manières : il s’exprime avec raffinement, elle parle familièrement ;
  • ou même, dans leurs addictions : l’opium pour lui, l’alcool et les médicaments pour elle…

Unis dans la vie et à la scène

Jean Cocteau et Edith Piaf ont pourtant été très liés pendant plus de vingt ans.
A leur rencontre, en février 1940, ils accrochent immédiatement.
Elle aime ses livres qu’elle a dévorés et admire ce touche-à-tout aussi bien dessinateur, cinéaste qu’écrivain. Il savoure quant à lui sa voix et sa présence.
Cocteau autorise Piaf à le tutoyer, un privilège rare.

Plus tard, alors que la Môme s’attendait à une chanson, le dramaturge lui écrit une pièce en un acte, intitulée Le Bel indifférent. Cocteau s’est inspiré de la relation orageuse entre la chanteuse et son amant, le comédien Paul Meurisse.
Le couple interprète d’ailleurs lui-même cette pièce, un monologue d’Edith Piaf en réalité, face à un Meurisse dissimulé derrière un journal, silencieux.

La pièce est un véritable succès. Entre Cocteau et Piaf, l’amitié est désormais solide. Il ne manquera jamais une première de la chanteuse. Ils passeront quantité d’heures à correspondre, au téléphone ou par écrit.

Unis dans la mort

En octobre 1963, Edith Piaf n’a pas 48 ans. Elle est usée par des années de souffrance causée par une polyarthrite rhumatoïde qui l’a touchée très jeune. Cette maladie s’attaque à ses articulations, provoquant des douleurs atroces et des déformations sensibles de son corps. Seules des injections de morphine, dont elle est clairement devenue dépendante, sont parvenues, parfois, à la soulager. A cela, Edith Piaf a ajouté une grande consommation d’alcool, notamment après la perte de son amant Marcel Cerdan

«Je ne regrette rien…»

Une insuffisance hépatique résultant de ces abus puis une hémorragie interne ont finalement raison de la chanteuse qui s’éteint dans sa villa près de Grasse, le jeudi 10 octobre à environ 13.00.

Nul ne saura que la Môme est décédée avant le lendemain, qui sera le jour officiel de sa mort, sur le certificat de décès.
Née deux fois à Paris – à l’hôpital Tenon en décembre 1915 et sur la scène du music-hall de l’ABC en mars 1937 – Piaf, comme son entourage, tenait à y mourir. Son corps est donc rapatrié clandestinement dans la nuit du 10 au 11 octobre et sa mort annoncée au petit matin.

«C’est ma dernière journée…»

Aussitôt la nouvelle apprise, Paris Match commande à Jean Cocteau un hommage à sa grande amie pour la prochaine édition. L’écrivain de 74 ans est alors isolé à Milly-la-Forêt où il trouve un peu de repos après deux attaques cardiaques. Il n’aura pas le temps de terminer son article.
En apprenant la mort de la chanteuse, il le pressent : «C’est le bateau qui achève de couler. C’est ma dernière journée sur cette terre.» L’émotion causée par la perte de son amie bien sûr, mais son état de santé surtout, le font succomber quelques heures après Edith Piaf. Et bien que son compagnon Jean Marais insiste sur le fait que Cocteau est mort d’un oedème au poumon, la presse préfère retenir et titrer le 12 : «La mort d’Edith Piaf a tué Jean Cocteau».

La disparition simultanée des deux artistes mobilise plusieurs dizaines de milliers de personnes.
Le 14 octobre, près de 40 000 admirateurs escortent la dépouille d’Edith Piaf au cimetière du Père Lachaise. Le 16, près de 20 000 font leurs adieux au « prince des poètes », à Milly-la-Forêt.

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