8 octobre… 1967 – Arrestation de « Che » Guevara, en Bolivie

Figure révolutionnaire par excellence, Ernesto Rafael Guevara de la Serna, surnommé « Che », est arrêté le 8 octobre 1967 en Bolivie. Il y menait une guérilla à la faveur des populations opprimées du pays. Tué le lendemain de son arrestation, il fait figure depuis 53 ans, de véritable légende.

Che Guevara, le 5 mars 1960, à Cuba. ©Alberto Korda — Museo Che Guevara, Havana Cuba / Wikimedia Commons. Domaine public

En Bolivie, l’ultime combat du Che

Guevara est en Bolivie depuis onze mois. Le guerillero, avec une quarantaine d’autres, mène un combat sans relâche contre l’armée du président René Barrientos.

Si Guevara et ses hommes s’imposent au début, l’armée bolivienne prend le dessus avec le renfort des Etats-Unis.
En 2017, 50 ans après les événements, Gary Prado, commandant des Rangers qui l’ont capturé, se confie à la presse. Il relate que lors de son arrestation le 8 octobre 1967, le révolutionnaire n’a plus que 17 guerilleros avec lui.
Ernesto Guevara est alors sale, affamé, blessé à la jambe et porte des chiffons aux pieds en guise de chaussures.
«Il m’a demandé ce qu’on allait faire de lui et je lui ai dit qu’il serait jugé comme les autres prisonniers», se souvient l’ancien militaire. Il n’en sera rien. Le lendemain, ordre est donné de le tuer. Dans une école abandonnée du village de La Higuera, Ernesto Guevara est exécuté de plusieurs balles.
Chargé de cette besogne, le sergent Mario Terán fait sans le savoir entrer le Che dans la légende.

L’oppression capitaliste dans le viseur du Che

Guevara n’a qu’une obsession depuis presque vingt ans : la lutte contre l’oppression capitaliste qui engendre et accentue la pauvreté. En effet, celle-ci l’avait marqué lors d’un voyage en 1951 à travers l’Amérique latine. Il était alors étudiant en médecine.
Ernesto Guevara est persuadé que les inégalités ne peuvent être abolies que par la révolution. Il approfondit ainsi son étude du marxisme. Il part au Guatemala puis à Mexico, rejoint un groupe révolutionnaire dirigé par Fidel Castro. Ensemble, ils mènent une guérilla de plus de deux ans, durant laquelle Guevara devient commandant. En 1959, ils renversent le dictateur Fulgencio Batista, à Cuba.

Guevara est surnommé Che, en référence à un tic de langage qui lui vient d’Argentine, où il est né. « Che » signifie « Hé toi! », une interjection qu’il dit souvent, comme les Français disent « quoi » ou les Anglais « you know »…
A Cuba, le Che accompagne ainsi Castro dans sa gouvernance du pays jusqu’en 1965. Il part ensuite pour l’Afrique, la Tchécoslovaquie, avant de se rendre, enfin, en Bolivie…

Guevara, un symbole d’idéalisme révolutionnaire

L’annonce de la mort de Guevara dès le 9 octobre 1967 par le gouvernement bolivien, émeut dans le monde entier. Figure de lutte contre l’injustice, le Che était néanmoins bien seul dans son combat au moment de sa mort.

Beaucoup, parmi lesquels Gary Prado, considèrent que Fidel Castro a délibérément conduit Guevara à sa perte en l’envoyant en Bolivie.

«Pour Castro, le Che valait plus mort que vivant. Son élimination le libérait d’un problème délicat et il pouvait ainsi construire un mythe autour du Che, ce qui lui a permis de survivre avec son système.»

«Le Che a été sacrifié sur l’autel du castrisme. Et Cuba devra admettre un jour que l’envoi du Che en Bolivie était un moyen de se débarrasser de lui car il ne correspondait pas à la position prise par Cuba sous la pression de l’URSS. L’envoyer en Bolivie, le priver de tout soutien et couper la communication avec lui était le meilleur moyen de le mettre à mort.»

Enfin, comment espérer gagner une révolution à cinquante guerilleros en Bolivie quand les Etats-Unis s’impliquent dans le combat… L’envoi de soldats par ces derniers était surtout motivé par la crainte d’une contagion révolutionnaire en Amérique latine, considéré alors comme une «arrière-cour». En effet, d’importantes installations pétrolières y étaient tenues par des multinationales américaines…

Les puissants, y compris ses anciens alliés, étant devenus ses ennemis, Guevara n’avait ainsi plus d’autre choix que de devenir, malgré lui et pour beaucoup, un véritable martyr.

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