5 octobre… 2017 – Le «New York Times» provoque la chute de Harvey Weinstein

Pour Harvey Weinstein, le 5 octobre 2017 signe la fin définitive de sa carrière de producteur hollywoodien tout puissant. Pour les femmes du monde entier, cette date marque le début d’une libération de leur parole, avec le mouvement #MeToo.

Du plus grand producteur au plus grand prédateur

Ce jour du 5 octobre, dans les pages du quotidien américain, le scandale éclate : le tout puissant producteur hollywoodien Harvey Weinstein a effectué des versements à l’amiable allant de 80 000 à 150 000 dollars. Les destinataires : des femmes qui l’accusaient de harcèlement ou d’agression sexuelle, au cours des trente dernières années. Ces témoignages chocs font le tour de l’Amérique et du monde, en quelques heures.
La chute d’Harvey Weinstein, fondateur des studios Miramax et co-fondateur de la Weinstein Company, est immédiate et vertigineuse.

Aussitôt, les langues se délient : le 10 octobre, trois femmes l’accusent de viol. Elles sont quatorze aujourd’hui. Parmi elles, les actrices Asia Argento et Rose McGowan.
L’année qui suit la publication du scandale par le New York Times, une centaine de femmes, célèbres et anonymes, se manifestent pour dénoncer le producteur.
Les enquêtes policières pour des faits d’agression sexuelle le concernant s’ouvrent les unes après les autres, sur le territoire des Etats-Unis et jusqu’à Londres.
Son inculpation le 25 mai 2018 pour un viol remontant à 2013 et une agression sexuelle en 2004 donne lieu à un procès qui s’ouvre le 6 janvier 2020. Or, ce même 6 janvier, celui que le procureur qualifie sans craindre d’exagérer de «prédateur», est inculpé pour un autre viol commis en 2013, à Los Angeles… Le 11 mars, Harvey Weinstein, 67 ans, est condamné à 23 ans de prison, auxquels la Californie pourrait bientôt ajouter 28 autres…

#MeToo et consorts : la fin d’une omerta

Le scandale Harvey Weinstein dénoncé par le New York Times et le New Yorker (tous deux récompensés du Prix Pulitzer pour leurs enquêtes) a ouvert les vannes… Sans surprise, le producteur n’est que le premier d’une longue liste d’hommes dénoncés dès octobre 2017 à travers le monde, par le biais des hashtags #MeToo, #BalanceTonPorc, etc.

#MeToo. ©surdumihail – Pixabay / Wikimedia Commons. CC0

Créé en 2007 par l’Américaine Tarana Burke pour soutenir les victimes de violences sexuelles, le mouvement #MeToo connaît dès 2017 une popularité sans précédent.
Relancé par l’actrice Alyssa Milano, le hashtag se propage à la vitesse de l’éclair. Par son biais, des femmes du monde entier, harcelées, agressées, violées, se manifestent et dénoncent leurs agresseurs.

A voix haute

Dans le monde du cinéma, à l’encontre d’acteurs, de réalisateurs, de producteurs ou autres, les accusations pleuvent. Les comédiens Kevin Spacey, Morgan Freeman, Steven Seagal, Dustin Hoffman ou encore le réalisateur Brett Ratner à Hollywood sont ciblés.
La France, avec le dérivé et non moins éloquent #BalanceTonPorc lancé par Sandra Muller, n’est pas en reste. La jeune actrice Adèle Haenel devient la voix du mouvement #MeToo français. Elle-même a été victime de «harcèlement sexuel» et «d’attouchements».

Bien sûr, les cérémonies sont autant d’occasions d’encourager haut et fort la fin d’une omerta.
En 2018 par exemple, les actrices invitées aux Golden Globes étaient habillées en noir. Une couleur choisie en soutien aux victimes d’agressions sexuelles.
En 2020 également, les César ont été secoués par les 12 nominations et la remise du César du meilleur réalisateur à Roman Polanski. Son film «J’accuse» ne retire en effet rien au fait qu’il est toujours accusé de viol sur mineure…

#MeToo, au cinéma et ailleurs

Dans le milieu politique, musical, celui des médias et des entreprises en tout genre, la voix des femmes se libère.
Une dynamique encouragée par un autre mouvement lancé fin 2017 qui lutte contre le harcèlement sexuel, sur le lieu du travail tout particulièrement : le mouvement Time’s up.

Dans la lettre de solidarité écrite par ses fondatrices, on peut lire le soutien de Time’s up apporté aux femmes du monde entier…

« …à toutes les femmes employées dans l’agriculture qui ont dû repousser des avances sexuelles non désirées de la part de leur employeur, à toutes les femmes de ménage qui ont tenté d’échapper à un client agressif, à toutes les concierges prises au piège la nuit dans un immeuble où sévit un responsable devenu prédateur, à toutes les serveuses palpées par un client et à qui on demande de répondre par un sourire, à toutes les travailleuses dans les usines à qui on échange des heures contre des actes sexuels, à toutes les employées de maison ou aides à domicile qui se sont fait toucher par un patient, à toutes les immigrées sans papiers poussées au silence par la peur d’être dénoncées, et à toutes les femmes dans tous les domaines professionnels qui sont objet d’indignité et de comportements agressifs, qu’elles sont obligées de tolérer pour continuer à gagner leur vie. Nous sommes avec vous. Nous vous soutenons.»

Autant de femmes pour lesquelles Time’s up avait déjà recueilli, un mois seulement après sa création, 20 millions de dollars destinés à leur défense juridique…

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