2 octobre… 1869 – Naissance de « Mahatma » Gandhi

Jour de la naissance en Inde de Mohandas Karamchand « Mahatma » Gandhi, le 2 octobre est naturellement devenu celui, international, de la non-violence. Un hommage au pionnier de cette doctrine qui lui a coûté plusieurs emprisonnements avant de lui coûter la vie, le 30 janvier 1948 à New-Delhi.

Studio photograph of Mohandas K. Gandhi, London, 1931. ©Elliott & Fry / Wikimedia Commons. Domaine public

Son visage, sa carrure, ses lunettes et sa tenue ont fait de lui un homme reconnaissable entre mille autres personnalités historiques. Celui dont l’Inde célébrait en 2019 les 150 ans de la naissance figure à jamais comme un symbole. Celui de la lutte non-violente pour l’indépendance du pays et contre les discriminations en tous genres.

Tout commence en Afrique du Sud

Mohandas Karamchand Gandhi naît le 2 octobre 1869 dans une famille de riches commerçants du Gudjerat, au nord-ouest de l’Empire britannique des Indes. Sa famille est de confession hindoue mais ouverte aux autres communautés religieuses du pays (jaïne, musulmane, parsie). L’enfant nourrit un profond respect pour ses parents. Il est le dernier de quatre fils.

A l’âge de 13 ans, ses parents le marient à Kasturba Makhanji. Ensemble, ils auront à leur tour quatre garçons.
Enfant très sensible, Gandhi se forge une personnalité fondée sur l’honnêteté, la tolérance, la maîtrise de soi et la recherche de la vérité.

En 1888, bravant sa caste et de fait, exclu de cette dernière, il part en Angleterre faire des études de droit. A son retour en 1891, son diplôme en poche, il tente en vain de faire carrière.

A l’épreuve de la discrimination

Lorsqu’une occasion se présente de partir en Afrique du Sud où réside une forte communauté indienne, Gandhi saute sur l’occasion. Là-bas, une mésaventure va décider de sa réelle vocation lorsque, bien qu’élégamment habillé à l’européenne, on le fait descendre d’un compartiment de train de première classe parce que non-Blanc.
Dès ce jour, Gandhi s’érige en défenseur des immigrants indiens.
Pour faire entendre leurs voix, le jeune homme préconise la désobéissance passive et collective.
Ses actions sont pour la plupart entendues par les gouvernants britanniques. Elles lui apportent quelques succès, de même que quelques courts passages par la case prison.

En mars 1894, Gandhi s’insurge contre la volonté des Anglais de retirer le droit de vote aux Indiens. Ces derniers renonceront à mener ce projet plus avant. Mais cette « menace » encourage Gandhi à créer le Natal Indian Congress, pour défendre les droits de la communauté indienne.

D’avocat à Mahatma

Lorsque Gandhi rentre en Inde en janvier 1915, une solide réputation le précède. On lui attribue le surnom de «Mahatma», qui signifie «grande âme» en hindi. Un titre qu’il refusera toute sa vie. Au cours de son existence, beaucoup l’appelleront aussi «Bapu», qui signifie «père» dans plusieurs langues indiennes.

Leader du mouvement indépendantiste

De retour sur sa terre, il ne va cesser de lutter pour son indépendance.
En qualité de président du Congrès, il prône l’auto-suffisance économique de son pays, le retour aux techniques traditionnelles, l’émancipation des femmes et des Intouchables (n’appartenant à aucune caste).
Lui-même se rapproche du mode de vie indien plus traditionnel : il se met à filer du coton pour fabriquer ses propres tuniques, ce qu’il incite à préférer aux costumes à l’Anglaise.

Le 13 avril 1919, les Indiens manifestent contre les Britanniques. Les raisons de ce mécontentement sont multiples :
– une promesse non-tenue d’autonomie faite en 1917 par la couronne britannique contre l’aide de l’Inde dans la Première Guerre mondiale ;
– des difficultés économiques ;
– un durcissement de la politique anglaise.
A Amritsar, au Penjab, où la manifestation se déroule, la journée se termine en véritable massacre.

La résistance passive

Suite à cela, Gandhi encourage le boycott des produits anglais et de tout ce qui touche de près ou de loin à l’Empire britannique. Mais la tension grandissant, il interrompt le mouvement en février 1922. Il est cependant arrêté et condamné pour sédition à 6 ans de prison. Il en sort en 1924.

Qualifié par Winston Churchill
de «fakir à moitié nu»

En 1930, la «marche du sel» provoque un tournant : Après un périple de 300 kilomètres à pied jusqu’à l’océan, Gandhi avance dans l’eau et recueille une poignée de sel. Par ce geste, il dénonce l’interdiction faite aux Indiens de récolter du sel pour eux-mêmes et l’impôt que ces derniers, riches ou pauvres, doivent payer pour en consommer.
Cette revendication passive mais massive convainc finalement les Anglais d’engager l’Inde sur la voie de l’indépendance. Dans l’optique d’en discuter les modalités, Gandhi se rend à Londres en 1931. Qualifié par Winston Churchill de «fakir à moitié nu», il répond au roi George V qui lui-même, lui parle de sa tenue : «Sa Majesté a assez de vêtements pour deux.»

Non-violence & impatience

La Seconde Guerre mondiale ne jouera pas en faveur de Gandhi et de son pays, engagé malgré lui dans la guerre par les Britanniques. De même, la question de l’indépendance de l’Inde est alors relayée au dernier plan.
Condamnant toujours la violence et refusant de voir l’Inde sacrifiée par le Royaume-Uni face au Japon menaçant, Gandhi réagit. Persuadé que ce dernier ne fera rien si les Britanniques quittent l’Inde, il ordonne à ceux-ci, le 8 août 1942, de partir sur le champ, ce qui lui vaut un nouvel emprisonnement. Il n’est libéré qu’en mai 1944.

Le prix de l’indépendance

Après la guerre, en 1947, l’Angleterre est fin prête à accorder sa liberté à l’Inde et à se retirer du territoire.
Dans la nuit du 14 au 15 août, l’Inde célèbre son indépendance. Nehru devient Premier ministre.
La fête est néanmoins de courte durée.
Bien que son parcours et son souhait d’une Inde laïque et unifiée soient similaires à ceux de Gandhi, Mohammed Ali Jinnah, président de la Ligue musulmane, proclame la scission du Pakistan.
La divergence de points de vue entre les deux hommes ne tiendrait qu’au dégout d’Ali Jinnah pour Gandhi depuis que celui-ci a troqué ses costumes contre un « misérable bout de tissu »…

Naissance d’un martyr

La création du Pakistan engendre une guerre religieuse d’une violence inouïe, causant plusieurs centaines de milliers de morts. Elle entraîne par ailleurs le déplacement de près de 15 millions de personnes de part et d’autre de la frontière indo-pakistanaise.
Gandhi entame alors une grève de la faim pour convaincre hindous et musulmans de déposer les armes.
Si le conflit s’apaise quelque peu, les dissensions persistent. Au point qu’un extrémiste qui souhaitait la création d’un Etat hindou et non d’une Inde laïque, tire sur Gandhi à trois reprises, le 30 janvier 1948, alors que celui-ci se rendait… à la prière.
L’apôtre de la non-violence n’en a pas moins trouvé ses disciples, en Inde et dans le monde, parmi lesquels Nelson Mandela en Afrique du Sud…