29 septembre… 1898 – En Côte d’Ivoire, la France fait arrêter l’Almamy Samory Touré

En procédant à l’arrestation de Samory Touré, qui régnait en maître absolu sur le Haut-Niger, le capitaine Gouraud met fin à seize ans de conflit entre la France et l’Almamy. Il permet aussi à la France d’achever de coloniser presque toute l’Afrique occidentale.

Samory Touré, le Coran entre les mains. Domaine public

Le conquérant

Samory Touré est issu d’une famille de commerçants, près de Kankan, en actuelle Guinée. Son peuple est en rivalité avec un autre, les Cissé. Lorsque ceux-ci capturent sa mère, et pour racheter sa liberté, Samory s’engage à leur service «sept ans, sept mois, sept jours». C’est là qu’il apprend le maniement des armes et prend goût au pouvoir.
Il quitte les Cissé et rallie à lui plusieurs hommes. Il devient un chef de guerre à part entière. Samory se convertit à l’islam et s’autoproclame Almamy, titre qui lui confère une autorité spirituelle et militaire sur ses soldats. Dès 1878, par la force surtout, il soumet un territoire qu’il agrandit d’année et année, jusqu’à occuper tout le Haut-Niger. Il crée ainsi l’Empire Wassoulou, d’environ 300 000 âmes, sur lequel il règne en maître absolu.

La France ennemie

Avec l’aide des Anglais en Sierra Leone (au Sud) et/ou avec les Français en Côte d’Ivoire (à l’Est), il espère nouer des relations de sorte à légitimer son pouvoir. Mais les Français ne l’entendent pas ainsi et grignotent petit à petit son territoire, conduisant à un conflit.
Chaque affrontement qui a lieu entre 1882 et 1885 avec les hommes de Samory Touré est une victoire pour la France.
En mars 1886, un traité de paix et de commerce est conclu. La France consent à reconnaître l’autorité de Samory Touré. En échange, il doit reconnaître une importante zone d’influence française sur la rive gauche du fleuve Niger.
A ce traité s’ajoutent deux autres, entre 1886 et 1889, par lesquels Samory Touré doit céder les territoires à l’ouest de son Empire, dans lesquels les Français ont rallié à eux des tribus animistes (croyant aux âmes et aux esprits). Celles-ci refusaient en effet de se convertir à l’islam comme Samory Touré l’imposait.
L’agitation qui règne dans l’Empire Wassoulou finit par gagner l’entourage proche de l’Almamy qui fait même exécuter son fils préféré. Il le soupçonne en effet de l’avoir trahi en s’étant rangé du côté des Français.

La chute

En 1891, le conflit qui n’a connu qu’un infime répit, reprend avec la France.
Au mois de mars, une expédition française attaque le coeur de l’Empire, la ville de Kankan, qu’elle finit par occuper. En juin 1892, c’est au tour de Bissandougou, capitale du Wassoulou d’être conquise.
Pour ne rien arranger, les Britanniques, dans le respect de la convention de Bruxelles de 1890, cessent de fournir Samory Touré en armes. Cette convention stipule en effet que réduire les ventes d’armes est une étape incontournable dans l’éradication de l’esclavage en Afrique.
Bien qu’alimenté à présent par le Libéria, Samory tente d’éviter un nouveau conflit dont il est sûr qu’il ne se remettrait pas. Pour décourager la France de le poursuivre et quitte à se couper un temps de son fournisseur, Samory Touré pratique la politique de la terre brûlée : il détruit tout sur son passage et ne laisse que désolation derrière lui.

Capturé, déporté et emprisonné au Gabon

L’affrontement est relancé quand un des fils de Samory anéantit une colonne française.
De leur côté, les troupes de Samory réussissent à s’emparer de la ville de Kong, au nord de la Côte d’Ivoire. Pour autant, elles ne vont pas survivre aux représailles françaises, au cours du printemps-été 1898.
Au petit matin du 29 septembre, à 450 km au Nord-Ouest d’Abidjan, le capitaine Gouraud, parti avec une dizaine d’hommes, capture Samory Touré. Ce dernier est aussitôt déporté et emprisonné au Gabon où il meurt d’une pneumonie, le 2 juin 1900.

Dictateur ou résistant ?

Nul doute que les Français et sans doute les habitants du Haut-Niger, conquis par Samory Touré, le perçoivent avant tout comme un dictateur. Pour les uns comme pour les autres, sa soif de pouvoir et de conquêtes, par les armes et donc dans la violence, le définissent comme tel. De plus, il a fondé un Empire et s’en est autoproclamé le chef sans aucune légitimité.

En Afrique de l’Ouest, il fait davantage figure de résistant, de héros ayant fait face à l’expansion coloniale française.
Il est ainsi célébré de différentes manières :
– Un camp porte son nom à Conakry.
– Le groupe guinéen Bembeya Jazz National lui rend hommage en 1969 dans son album Regard sur le passé.
– Le chanteur ivoirien de reggae Alpha Blondy a composé le titre Bory Samory en 1984, en mémoire de l’Almamy.
– etc.