28 septembre… 1956 – La France produit de l’énergie atomique

Les Français l’apprennent ce 28 septembre 1956 par un simple communiqué : une pile atomique (ou réacteur nucléaire) construite à Marcoule (Gard), est parvenue à produire suffisamment d’énergie pour faire tourner un générateur d’EDF. Une ère nouvelle s’ouvre dès lors pour la France : celle de l’industrie nucléaire.

La France pionnière

La France aurait pu être la première à se lancer dans l’aventure atomique.
En 1898, Marie et Pierre Curie découvraient le radium et le polonium au cours de leurs travaux sur la radioactivité. Le couple, suivi de sa fille Irène, a jeté les bases de cette nouvelle technologie, faisant de la France une pionnière en la matière.
En 1939, les premiers brevets nucléaires français étaient déposés.
Alors que le pays s’apprêtait à recevoir de Norvège un stock d’eau lourde*, utile à la fabrication d’une bombe ou d’un moteur atomique pour ses sous-marins, la guerre a éclaté. L’invasion allemande en 1940 a achevé de stopper net la France dans son élan.

Le nucléaire au profit de la guerre

Le stock d’eau lourde ayant finalement été débarqué en Angleterre, c’est donc là mais aussi en Amérique du Nord, que l’aventure s’est poursuivie.
La suite est davantage connue : la première bombe nucléaire, Bombe H, est lancée par les Etats-Unis sur la ville d’Hiroshima au Japon, le 6 août 1945. Trois jours après, ils réitèrent l’opération en larguant la Bombe A, sur Nagasaki cette fois.
Charles de Gaulle écrira à ce propos dans ses Mémoires : «Je dois dire que la révélation des effroyables engins m’émeut jusqu’au fond de l’âme.»

Les ambitions atomiques

Pour autant, deux mois après ces deux tragédies, le 18 octobre 1945, le Général fait créer le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), dont Frédéric Joliot, mari d’Irène Curie, prend la responsabilité scientifique. De même, l’équipe de savants d’avant-guerre est reconstituée. Le conflit mondial étant terminé, il s’agit maintenant pour la France de se remettre dans les rangs.
L’objectif : maîtriser sans tarder l’énergie nucléaire, officiellement à des fins pacifiques, officieusement dans une démarche d’intimidation, de dissuasion. Surtout alors que la Guerre froide fait rage.
Bien sûr, la production d’une énergie aux sources inépuisables est dans tous les esprits, à commencer par celui des écologistes qui défendent le nucléaire contre les projets de construction de barrages hydroélectriques.
Mais il s’agit aussi, dans l’esprit de De Gaulle, de la bombe, qui constituerait une révolution en matière de stratégie militaire.

Essais et réussite

La France a déjà deux réacteurs de recherche en fonctionnement : Zoé et EL2, mis en route dès 1948.
Ajouté à cela, De Gaulle passe commande, en 1954, d’un nouveau. La France ne disposant ni d’uranium enrichi, ni d’eau lourde, ce réacteur ne peut être qu’à base d’uranium naturel et de graphite. Il prend le nom de G1 et va devenir la première « pierre » industrielle de tout le nucléaire français.
Lancé sur le nouveau site construit à cet effet, à Marcoule, G1 se met à diverger (commencer la réaction en chaîne de fission d’un noyau atomique), le 7 janvier 1956. S’agissant d’une installation de type inédit en France, cette première étape est hautement symbolique.
Contrôlant la vitesse de fission (phénomène qui produit une énergie exponentielle dans le réacteur) dans les mois qui suivent, les ingénieurs et scientifiques constatent, le 28 septembre 1956, que les premiers kilowattheures (kWh) électronucléaires sortent du petit turbo-alternateur placé à côté du réacteur : G1 produit de l’électricité. EDF, qui ne croyait pas à la vocation industrielle de cette technologie, doit se rendre à l’évidence…

Des réacteurs en chaîne

Une fois le fonctionnement de l’énergie nucléaire prouvé en matière de production d’électricité – même si pour l’heure, un réacteur consomme bien plus d’électricité qu’il n’en produit -, les étapes vont s’enchaîner :

  • À Marcoule naissent, après G1, les piles atomiques G2 et G3;
  • EDF fait construire des centrales «graphite-gaz» à Chinon (Indre-et-Loire), à Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher) et dans le Bugey;
  • De Gaulle encourage dès 1957 la contruction d’une première centrale nucléaire, à Avoine (Indre-et-Loire). Celle-ci produit ses premiers kWh en juin 1963.

Le choc pétrolier de 1973 apporte un gros coup d’accélérateur dans l’évolution de l’industrie nucléaire en France, qui compte 48 réacteurs en service après la crise contre 5 juste avant. 6 réacteurs viennent s’y ajouter dans les années 1990 et 4 autres dans les années 2000.
Avec ses 58 réacteurs répartis sur 19 centrales nucléaires, la France devient ainsi le leader mondial de l’électronucléaire.

Le revers de la médaille

Dès 1983, le problème des déchets nucléaires produits par les centrales est soulevé.
En 1982, on compte 375 tonnes de combustibles irradiés. En 1990, 1120 tonnes. En 2015, 1150 tonnes.

Dans une loi promulguée le 17 août 2015, intitulée Loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte, la France s’engage à réduire son impact sur l’environnement et à renforcer son indépendance énergétique. À la faveur des énergies renouvelables, elle s’engage par ce biais à réduire le nucléaire de moitié, d’ici 2035, dans la production globale d’énergie.

Ainsi, à l’instar des deux réacteurs de la centrale de Fessenheim fermés défintivement les 22 février et 29 juin 2020, 12 autres réacteurs devraient être arrêtés entre 2029 et 2035.

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*eau lourde : dans la plupart des réacteurs nucléaires en service, un « modérateur » est nécessaire pour ralentir les neutrons issus des fissions nucléaires. Il existe principalement trois modérateurs : le graphite, l’eau (aussi qualifiée d’eau «ordinaire» ou «légère») et l’eau «lourde».

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