27 septembre… 1822 – Champollion révèle le secret des hiéroglyphes

Le 27 septembre 1822 est un jour de consécration pour Jean-François Champollion ! Après des années de recherches effectuées sur la signification des hiéroglyphes, le jeune homme expose enfin le résultat de ses découvertes, devant les membres de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. La réaction est unanime : pour tous, Champollion est un génie !

La Pierre de Rosette, dans le British Museum. © Hans Hillewaert / Wikimedia Commons. CC BY-SA 4.0. Non modifiée.

«Je tiens mon affaire!»

Le 14 septembre 1822, Jean-François n’y tient plus. Il fonce chez son frère aîné et bienfaiteur Jacques-Joseph, qui le soutient dans sa quête depuis des années.
«Je tiens mon affaire!» lui crie-t-il, avant de s’effondrer. Le jeune homme et si ému et a mis tant d’énergie à résoudre l’énigme des hiéroglyphes qu’une fois fait, il tombe inconscient, victime d’une attaque bénigne.
Ses esprits retrouvés après quelques jours, il écrit une lettre de 40 pages à Bon-Joseph Dacier, secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, intitulée Lettre à M. Dacier relative à l’alphabet des hiéroglyphes phonétiques. Champollion est aussitôt invité par ce dernier à venir en lire une partie devant l’Académie. Une fois son exposé terminé, c’est l’ovation. De même, dans les jours qui suivent, la publication de l’intégralité de sa Lettre offre immédiatement au jeune savant une grande notoriété.

La pierre de Rosette

Dans son ouvrage, Champollion y détaille le cheminement de ses recherches et leur aboutissement : le décryptage des hiéroglyphes sur des supports tels que des murs, des obélisques ou encore des papyri, sans oublier la pierre de Rosette.
En 1798, profitant de l’expédition d’Egypte menée par Napoléon Bonaparte, des savants ont fait la découverte de ce morceau de basalte noir d’un mètre de long, à Rosette dans le Delta du Nil, et l’ont rapporté en France (nb: la pierre de Rosette est aujourd’hui conservée au British Museum à Londres).
Dessus, y figure la déclaration des prêtres de Memphis du temps du pharaon Ptolémée V.
Cette dernière est rédigée en deux langues : le grec et l’égyptien ; et en trois écritures : en haut l’égyptien en hiéroglyphes (écriture sacrée des premiers pharaons), au milieu l’égyptien démotique (écriture égyptienne tardive datant du 1er millénaire avant J.-C.) et en bas, le grec ancien.

5000 idéogrammes

Contrairement à Thomas Young, physicien anglais qui a lui aussi entrepris de déchiffrer les hiéroglyphes de la pierre, Champollion a à son avantage une connaissance aiguisée des langues anciennes, parmi lesquelles le grec et le copte (langue descendant de l’égyptien ancien dérivé de l’égyptien démotique et du grec ancien).
En comparant les trois versions sur la pierre de Rosette, Champollion constate deux choses :
– le texte hiéroglyphe contient 3 fois plus de signes que le texte grec ne compte de mots.
– les hiéroglyphes ne sont pas seulement des idéogrammes, dont il évalue le nombre à environ 5000. Ils peuvent aussi servir de signes phonétiques, comme nos lettres de l’alphabet.

Cléopâtre, Ptolémée et les autres

Avant Ramsès et Thoutmôsis, Cléopâtre et Ptolémée sont les premiers noms que Champollion parvient à décrypter. Ils figurent comme l’élément déclencheur dans la compréhension par le savant, de l’écriture en hiéroglyphes.
En effet, dès 1821, il décrypte les premiers cartouches royaux : celui de Ptolémée V sur la pierre de Rosette, et celui de Cléopâtre sur un obélisque (ci-dessous). Puis, sur des reproductions de détails issus des temples d’Abou Simbel rapportées par un ami, il parvient à discerner les cartouches de Ramsès et Thoutmôsis.

Cartouche (nom inscrit dans un ovale) de la reine ptolémaïque Cléopâtre III dans le temple de Kom Ombo. ©Mathildehamm – Own work / Wikimedia Commons. CC BY-SA 4.0. Non modifiée.

Champollion sait alors qu’il a réussi. Après près de 14 ans dédiés au déchiffrement des hiéroglyphes, il est parvenu au but. Par cet exploit et par le compte-rendu qu’il en fait le 27 septembre 1822, Jean-François Champollion pose les bases d’une nouvelle science : l’égyptologie.

Champollion et l’Egypte

Entre le jeune savant et le pays, l’histoire d’amour dure depuis toujours, ou presque. En 1806, soit à tout juste 15 ans, après sa rencontre avec un moine grec proche de Bonaparte ayant participé à l’expédition d’Egypte, et après sa lecture d’un ouvrage sur l’Antiquité égyptienne, il écrit à ses parents:
«Je veux faire de cette antique nation une étude approfondie et continuelle. L’enthousiasme où la description de leurs monuments énormes m’a porté, l’admiration dont m’ont rempli leur puissance et leurs connaissances, vont s’accroître par les nouvelles notions que j’acquerrai. De tous les peuples que j’aime le mieux, je vous avouerai qu’aucun ne balance les Egyptiens dans mon coeur.»
Champollion commence ainsi par ajouter le copte (issu de l’égyptien ancien) aux nombreuses langues qu’il maîtrise déjà, à savoir le latin, le grec, l’hébreu, l’arabe, le syriaque et le chaldéen.

«Je suis tout pour l’Egypte, elle est tout pour moi.»

Les années qui suivent sont presque entièrement consacrées à l’étude de l’écriture sacrée des pharaons, les hiéroglyphes. S’appuyant sur quantité de sources, il parvient aussi à se procurer une copie de la pierre de Rosette découverte en 1798. «Je suis tout pour l’Egypte, elle est tout pour moi», justifie-t-il, s’agissant de son obsession et de cette complémentarité qui les unit.

Après sa réussite et soutenu par des savants et des personnalités politiques, Champollion effectue son premier voyage hors de France. Direction l’Italie, pour écumer les bibliothèques, les musées et surtout, explorer les collections égyptiennes du roi de Piémont-Sardaigne à Turin. Il effectue un inventaire pertinent de ses trouvailles, qui attire l’attention du roi de France Charles X.
En 1826, il est nommé conservateur chargé des collections égyptiennes au musée du Louvre. Il influe ainsi directement sur le développement de l’égyptologie en France et convainc même le roi de se procurer des merveilles, parmi lesquelles un obélisque venu de Louxor et offert par le vice-roi Mehmet Ali. Il trône aujourd’hui place de la Concorde.

En 1828, soit après 20 ans de travaux théoriques, place à la pratique : Champollion se rend enfin en Egypte.
Mais, bien qu’il ait seulement 38 ans, l’égyptologue a des problèmes de santé et le climat égyptien ne va faire que les accentuer.
À son retour en France, il prend la tête de la toute première chaire de l’Antiquité Egyptienne au collège de France.
Il publie quatre volumes de croquis et dessins effectués durant son voyage, et achève sa Grammaire égyptienne et son Dictionnaire égyptien. Son frère les publiera après sa mort, qui survient le 4 mars 1832.