23 septembre… 1913 – L’aviateur Roland Garros traverse la Méditerranée

Avant d’être un nom de stade – en ce moment même en pleine activité! – et bien que sportif accompli doué notamment au tennis, Roland Garros a gagné sa notoriété en tant qu’aviateur, en réussissant le premier la traversée de la mer Méditerranée, le 23 septembre 1913. Un exploit qui, par la témérité de son auteur, inspire encore aujourd’hui.

Roland Garros devant un avion Demoiselle – ©Photographie de presse de l’agence Meurisse — Bibliothèque nationale de France. Domaine public

Voler, coûte que coûte

Arrivé la veille à Fréjus-Saint-Raphaël, Roland Garros décolle avec son monoplan Morane-Faulnier à 5h47 du matin ce 23 septembre 1913, direction Tunis.
À 24 ans et comme Louis Blériot quatre ans avant lui, en 1909, l’aviateur veut marquer les esprits par un défi de taille : la traversée d’une mer, donc sans escale et sans assistance. Le premier avait réussi cet exploit au-dessus de la Manche. Garros a choisi quant à lui, la traversée de la Méditerranée, soit un périple de 730 km dont 500 au-dessus de la mer.

Ce matin du 23 septembre, l’avion de Garros roule longtemps sur la piste. La machine, chargée de 200 litres d’essence et de 60 litres d’huile de ricin, peine à décoller.
Une fois en vol, Roland Garros se sent bien. Il se dirige à la boussole, le ciel est clair.
Mais une heure et demie à peine après son départ, un bruit de métal le fait sursauter. Sur le capot, il distingue une bosse. De l’huile s’échappe de la tôle percée, il la reçoit en plein visage. Garros est au-dessus de la Sardaigne. Il peut y atterrir, une équipe de mécaniciens y est postée en cas de problème. Mais, l’avion semble fonctionner malgré ce pépin et, téméraire et fier, l’aviateur décide de continuer. Il veut atteindre son but, coûte que coûte.
Plus de 6 heures s’écoulent au-dessus de la Méditerranée, durant lesquelles Roland Garros redouble de prudence. L’inquiétude est à son comble lorsqu’il réalise qu’il ne lui reste plus que 20 litres d’essence.
Heureusement, les côtes tunisiennes sont en vue et Roland Garros les atteint en dix minutes. Plus que 5 litres. L’aviateur n’atterrit pas à Tunis mais à Bizerte, sur la côte, où personne ne l’attend…

Une belle revanche

Bien qu’il n’ait pas atterri où on l’attendait, Roland Garros a réussi son exploit : traverser la mer Méditerranée en avion, sans escale ni assistance d’aucune sorte.
Avec cette victoire réalisée en 7 heures et 53 minutes, Garros a pris sa revanche…

Depuis juillet 1910 à Cholet, où il a obtenu son diplôme d’aviateur, le jeune homme a enchaîné les meetings, les courses et les tentatives de records.
Mais dans les premiers, il n’était qu’un casse-cou parmi d’autres à enchaîner les acrobaties et les défis périlleux ; les deuxièmes ne l’ont pas plus distingué, du moins pas comme il l’espérait : sur le Paris-Rome et le Paris-Madrid notamment, il arrive 2ème et finit par gagner le surnom d’«éternel second». Enfin, il bat le record d’altitude à Dinard le 4 septembre 1911, en atteignant les 4000m. Un record vite battu que le jeune homme, têtu, récupère à nouveau le 5 septembre 1912 en montant jusqu’à 4950m. Mais là encore, quelqu’un d’autre se charge d’humilier Roland Garros en faisant mieux.
Aussi, sa traversée réussie de la Méditerranée le 23 septembre 1913 lui garantit-elle le statut de pionnier en la matière, pour l’éternité !

L’international de rugby Emile Lesieur, son copain de promo 1908 à HEC et son parrain lors de son adhésion au Stade français en 1906, rend hommage à l’aviateur dix ans après qu’il a péri lors d’un combat aérien le 5 octobre 1918. En effet, en 1928, pour accueillir la Coupe Davis, un stade de 3,25 hectares et 5 courts, est construit sur un terrain du Stade français, que Lesieur baptise du nom de son ami, aviateur mais aussi sportif accompli, Roland Garros.

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