17 septembre… 1792 – Vol des Joyaux de la Couronne de France

Au matin du 17 septembre 1792, à l’Hôtel du Garde-Meuble (actuel Hôtel de la Marine), place de la Révolution à Paris, c’est la panique : les Joyaux de la Couronne ont été dérobés. Le forfait n’a pas été commis en quelques heures mais en… quelques nuits!

Pages du catalogue de la Ventes des Joyaux de la Couronne de 1887. ©Auteur inconnu / Wikimedia Commons. Domaine public.

Vol de quatre nuits

Dans la nuit du 16 au 17 septembre, dans l’Hôtel du Garde-Meuble qui abrite le trésor royal, les gardes en faction entendent plusieurs bruits. Deux précautions valant mieux qu’une – les lieux ont été cadenassés peu de temps avant, compte tenu de l’agitation qui règne dans Paris -, ils se rendent à l’étage où se situe le trésor. En entrant dans la salle, les hommes n’en croient pas leurs yeux : des pierreries, mêlées à des cadavres de bouteilles par dizaines, jonchent le sol.
Il ne faut pas longtemps aux gardes pour constater la disparition de quantité de pièces d’une valeur inestimable: des trophées, des tapisseries, des objets d’orfèvrerie, des armures royales…
Plus précieux que tout le reste, les Joyaux de la Couronne, certains datant de François Ier, ont évidemment disparu, tels que:
la Toison d’or, encore portée par Louis XVI trois ans avant, a été volée;
le Régent, un diamant de 140,64 carats, considéré comme le plus beau et le plus pur des diamants du monde;
le Sancy, un diamant jaune de 55,23 carats, le plus gros et le plus beau des diamants de Mazarin;
le Diamant bleu de Louis XIV, de 69 carats;
le spinelle dit «Côte-de-Bretagne», un rubis balais de 212 carats, acquis par François Ier;
– plus de 9000 pierreries;
– etc.

Très vite, ce cambriolage apparaît comme unique dans l’histoire – et le restera! Par la valeur et la quantité des biens dérobés tout d’abord, mais aussi par sa durée. Car il ne s’est pas déroulé en quelques heures mais plutôt en quelques nuits. Quatre, semble-t-il…
C’est en réussissant à se hisser à l’aide d’une corde et à briser une vitre de l’hôtel, puis à dérober des biens, le tout sans attirer l’attention de la garde, que les premiers voleurs en auraient attiré d’autres les nuits suivantes. Au point que c’est une bonne partie de la mauvaise graine de la capitale qui s’est donné finalement rendez-vous dans la salle du trésor royal pour saccager, s’enivrer et bien sûr… piller.

Représailles et retrouvailles

Si le cambriolage le plus long et le plus fou de l’histoire de France et du monde a quelques « circonstances atténuantes » – Paris est plongé dans une agitation révolutionnaire d’une rare intensité et la monarchie a été renversée un mois auparavant, le 10 août -, il ne reste bien sûr pas pour autant impuni.
Dans un contexte où tout le monde accuse tout le monde de traîtrise, même les voleurs ne sont pas épargnés par leurs confrères de la pire espèce: on dénonce.
Les coupables sont ainsi arrêtés et guillotinés face au lieu même de leur forfait, place de la Concorde alors place de la Révolution. Placée là pour l’occasion, la guillotine n’en bougera plus…

Les joyaux eux, réapparaissent un à un dans les semaines, mois et années qui suivent. Même le Régent est rapporté. Mais quid de l’épée de diamants de Louis XVI ? De même, le Diamant bleu manque à l’appel.
Il est retrouvé à Londres, en 1812. Le diamant a été racheté par sir Henry Hope, un fils de banquier. Impossible de le récupérer : il a été grossièrement retaillé passant de triangle à ovale. Des 69 carats, il n’en reste que 45.
Exposé depuis 1908 aux Etats-Unis, et appelé diamant Hope, il a été authentifié scientifiquement en 2007 comme étant le Diamant bleu, par François Farges, professeur de minéralogie au Muséum national d’histoire naturelle. Représenté dans le film Titanic sous le nom de « Coeur de l’Océan », il est admiré chaque année par 8 millions de visiteurs.

Les autres Joyaux de la Couronne de France, restés dans leur patrie d’origine, sont exposés au Musée du Louvre.