15 septembre… 1812 – Incendie de Moscou

Face à l’invasion imminente de la capitale russe par Napoléon Ier, le gouverneur de Moscou Fédor Rostopchine ordonne son évacuation par ses habitants, puis sa destruction par les flammes, le 15 septembre 1812.

Napoléon devant l’incendie de Moscou en 1812, par Adam Albrecht (1841). Domaine public

Une ville sacrifiée

La nouvelle du désastre qui s’est déroulé une semaine plus tôt, le 7 septembre, est arrivée à Moscou : à 125 km de là, à Borodino, l’armée impériale russe menée par Mikhaïl Koutouzov a dû battre en retraite devant la Grande Armée de Napoléon Ier après une sanglante bataille (connue sous le nom de bataille de la Moskova). Cet échec a ouvert la voie aux Français qui se dirigent à présent vers la capitale.

Préférant voir sa ville détruite que conquise par l’empereur français, le comte Fédor Rostopchine, gouverneur de Moscou (et père de la comtesse de Ségur!), entreprend de faire évacuer les civils vers les forêts alentour et de pratiquer la politique de la terre brûlée : en effet, depuis le 24 juin, date de l’entrée des Français sur le territoire russe, les soldats du Tsar n’ont cessé de reculer devant la Grande Armée, mais en prenant toujours soin de tout détruire par le feu et les armes sur leur passage (vivres, maisons,…), ne laissant la possibilité à l’ennemi ni de se reposer et de se ravitailler, ni de s’imposer en conquérant.

Rostopchine fait donc incendier Moscou. En échange de leur liberté, il charge des repris de justice de cette besogne.
Ainsi, lorsque Napoléon arrive aux portes de la capitale le 14 septembre, il constate qu’elle a été désertée. Puis, dès le lendemain, assiste impuissant au brasier. Car pour empêcher quiconque d’éteindre les flammes, Rostopchine a également pris soin de faire emporter au loin les pompes à incendie.
Sur 9500 édifices, près de 7000 sont brûlés en tout ou partie. Le tsar Alexandre Ier accuse publiquement les Français du désastre, attisant ainsi la haine de la population russe à leur égard. Cette dernière n’avait néanmoins nul besoin de prétexte, les soldats français s’étant véritablement adonnés au pillage, malgré l’interdiction de leur empereur.

Cinq jours plus tard, le 20 septembre, les derniers feux sont éteints.
Mais devant le refus du tsar de négocier, Napoléon Ier l’informe de son intention d’achever de détruire Moscou. Il fait sauter les tours du Kremlin.
Pour autant, devant l’imminence de l’hiver, l’empereur n’attend pas la capitulation de la Russie et quitte Moscou, le 18 octobre.

Désastreuse campagne de Russie

L’épisode de Moscou a constitué l’apothéose d’une campagne bien éloignée des ambitions premières de Napoléon Ier.
Deux ans plus tôt, en 1810, l’empereur des Français a conquis presque toute l’Europe. Bien qu’à son apogée, il continue de lorgner des territoires, comme l’Inde.
Le pays étant contrôlé par les mers par les Britanniques, l’Aigle – ainsi que Napoléon se surnomme – le conquerra donc par les terres.
Il va donc passer par la Russie qu’il entreprend aussi de soumettre. Et le prétexte d’invasion n’est pas difficile à trouver : Napoléon accuse très justement Alexandre Ier d’avoir violé le traité de Tilsit.

Traité de Tilsit
Signé en 1807 par les deux puissances, il stipulait entre autres, que la Russie était libre de conquérir la Finlande (détenue par la Suède) et de démanteler l’Empire Ottoman, dont une partie irait à l’Empire français. En échange, elle ne devait constituer aucune alliance avec les Anglais, et fermer ses ports au commerce britannique, un engagement que la Russie n’a pas tenu.

Mais, de son entrée en Russie jusqu’à Moscou, la Grande Armée ne peut à aucun moment se targuer de vaincre les Russes, qui ne cessent de battre en retraite et de laisser derrière eux, des terres désolées.
Pire : après avoir quitté Moscou, l’Armée Impériale de Napoléon Ier est désordonnée et le retour vers la France, dans le froid de l’hiver russe, lui est vite fatale : le verglas tue les chevaux qui glissent et ne parviennent pas à se relever; les hommes s’approchent trop près des feux de camps pour se réchauffer et nombreux meurent brûlés; la nourriture manque au point que les survivants mangent leurs montures agonisantes et en viennent même à manger leurs frères d’armes; le typhus s’invite dans les rangs de la Grande Armée…
La bataille de la Bérézina contre les Russes de Mikhaïl Koutouzov, du 26 au 29 novembre 1812, achève d’affaiblir les soldats de Napoléon Ier. Parti avec 600 000 hommes, il n’en ramène que 100 000 de cette désastreuse campagne de Russie.