9 septembre… 1570 – L’île de Chypre passe sous domination turque

De tout temps lorgnée et conquise pour sa position stratégique, Chypre a connu de nombreuses nationalités, sans jamais renier son identité. En 1570, alors sous domination vénitienne, elle est envahie puis contrôlée par l’Empire ottoman de Sélim II, dit « L’ivrogne ».

Le siège de Famagouste par Giacomo Franco. Wikimedia Commons CC BY 2.0. Aucune modification.

Au carrefour d’importants courants commerciaux, l’île de Chypre a intéressé tour à tour la Perse, la Grèce, l’Empire Romain, l’Empire Byzantin, l’Angleterre, l’Etat de Venise, l’Empire Ottoman, le Royaume-Uni, la Turquie…
L’île n’a presque pas connu d’indépendance.
Bien située en mer Méditerranée, Chypre possède également d’importantes ressources en minerai de cuivre, dont elle tire d’ailleurs son nom (Kypros en grec).

La tentation turque

En 1570, alors que Chypre est occupée depuis presque un siècle par l’Etat de Venise, le sultan ottoman Sélim II dit « L’ivrogne », fils de Soliman le Magnifique, se lance à la conquête de l’île.
Avec 360 galères et 50 000 hommes à leurs bords, les Turcs représentent la plus grande flotte de l’époque. Ils débarquent à Larnaka le 1er juillet et s’enfoncent dans le territoire sans trop de difficultés. En effet, les Chypriotes grecs, nullement préparés, ne semblent en plus guère motivés à prendre le parti de Venise.
Les Turcs attaquent ainsi Nicosie, située au centre de l’île, le 9 septembre. Cette prise de la capitale, au cours de laquelle près de 20 000 Chypriotes sont tués, est décisive.

L’envahisseur rencontre néanmoins une certaine résistance à Famagouste, ville portuaire mieux fortifiée que les autres. Assiégée le 22 août 1570, elle tient tête à l’ennemi presque un an, jusqu’à la capitulation du gouverneur de la ville, Marc-Antoine Bragadino, le 4 août 1571. Alors qu’il avait négocié sa liberté, celui-ci est écorché vif par les Turcs qui lui arrachent également les oreilles et le nez.

En apprenant la prise de Nicosie, le pape Pie V décide de lever une croisade pour reprendre l’île aux musulmans. Ainsi, le 7 octobre 1571 à Lépante, dans le Golfe de Patras en Grèce, l’Empire Ottoman est écrasé par la Sainte Ligue (Espagne, Venise, Etats Pontificaux, Gênes, Duché de Savoie, Ordre des Hospitaliers).
Les Turcs n’en conservent pas moins l’île, ainsi que le stipulera le traité de paix signé avec Venise en 1573.

Grecque un jour, Grecque toujours

Depuis sa période hellénistique, de -310 à -10 avant J.-C., lorsqu’elle a été tour à tour sous le sceptre d’Alexandre le Grand puis des Ptolémées d’Egypte, Chypre est restée grecque. Ni Rome, ni Bysance, ni l’Angleterre ni Venise n’effacent cette culture profondément ancrée dans les moeurs chypriotes.
Les Turcs n’y parviennent pas plus mais opèrent néanmoins des bouleversements sociaux importants dès 1573 :
– les Latins (= catholiques) sont persécutés et leurs terres confisquées;
– un impôt, le « haraç », est instauré pour les non-musulmans, entraînant de fait beaucoup de conversions à l’islam et à la langue turque;
– les soldats turcs reçoivent un domaine foncier;
– le servage est banni et le clergé catholique chassé…
Un système de communauté autonome est mis en place par les Ottomans pour la population non-musulmane. Ainsi les Chypriotes grecs conservent-ils leur identité.
Durant trois siècles de domination turque, Chypre s’isole et s’appauvrit, au rythme de violentes et régulières répressions.

Devenue britannique dès 1878, Chypre gagne enfin son indépendance en 1960.
L’île ne goûte cependant pas longtemps à cette liberté tant espérée puisqu’en 1974, elle est envahie pour la deuxième fois de son histoire par les Turcs et depuis, scindée en deux par la « ligne verte », dite «ligne Attila»…

Chypre. ©CIA World Factbook / Wikimedia Commons. Domaine public

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