2 septembre… 1870 – Napoléon III capitule à Sedan

Il y a 150 ans jour pour jour, l’empereur Napoléon III se rendait à la Prusse dans la ville de Sedan, après quatre semaines de conflit. Par cette capitulation, le 2 septembre 1870, la France perdait du même coup un empereur, une partie de son territoire et… sa fierté.

Portrait de Napoléon III en uniforme de général de division dans son grand cabinet des Tuileries (huile sur toile d’Hippolyte Flandrin, 1861). Domaine public

L’unification de l’Allemagne pour enjeu

On le surnomme « l’Allemand le plus détesté des Français ». Et pour cause… A l’été 1870, Otto von Bismarck provoque ni plus ni moins la guerre entre la Prusse et la France et humilie cette dernière en lui prenant son empereur, en l’amputant de l’Alsace-Lorraine, et en l’assiégeant…

Le chancelier prussien nourrissait un seul objectif depuis sa prise de fonction en 1862 : unifier l’Allemagne autour de la Prusse du roi Guillaume Ier.
Il a donc rallié l’Autriche en la vainquant à Sadowa en Bohême le 3 juillet 1866.
Il a ensuite créé la Confédération de l’Allemagne du Nord, regroupant la Prusse et 21 Etats membres, autour de Berlin.
Il a également signé des traités avec les Etats du Sud – Bavière, Wurtemberg, Bade et Hesse-Darmstadt -, qui garantissaient leur soutien à la Prusse en cas de conflit avec un pays étranger.

Pour entériner cette union et s’assurer de sa solidité, Bismarck a ensuite voulu l’éprouver sur le terrain. La France, qui rayonne alors après ses victoires successives en Algérie, en Crimée, en Italie, en Chine ou encore au Liban, est choisie par le chancelier pour être son adversaire.
Et le prétexte est facile à trouver : la succession au trône d’Espagne.
En suggérant à un cousin de Guillaume Ier de présenter sa candidature, Bismarck provoque aussitôt une réaction de la part de la France : pas question que la Prusse, déjà largement présente à l’Est, le soit aussi au Sud. Guillaume Ier, soucieux d’éviter un conflit avec Napoléon III, assure que son cousin renonce à ses prétentions au trône. Il confirme la chose à l’ambassadeur de France en Prusse, le comte Benedetti, lors d’un entretien. Si celui-ci se déroule de façon très cordiale, Bismarck fait en sorte via la célèbre «dépêche d’Ems» que la France croie le contraire : il laisse entendre que Benedetti a été reçu de façon expéditive et sans le respect dû à sa fonction.

Comme le chancelier le pressentait, cette annonce fait «l’effet du chiffon rouge sur le taureau gaulois». En effet, il n’en faut pas plus aux Parisiens pour réclamer vengeance.
Napoléon III déclare la guerre à la Confédération de l’Allemagne du Nord, le 19 juillet 1870.

Une décision précipitée

Bien sûr, la fierté de l’Empire français est en jeu. Mais Napoléon III s’engage bien rapidement, sans s’assurer au préalable du soutien des Etats européens, ni des bonnes dispositions de son armée.
Composée de moins de 300 000 hommes, 900 000 après mobilisation, cette dernière va faire face à 1 200 000 soldats allemands sur un front de 250 kilomètres entre Thionville et Bâle. À cela s’ajoutent, côté français, un manque d’organisation et un armement dépassé comparé à celui de la Prusse.

Bien qu’affaibli par la maladie de la pierre (des calculs dans les reins ou les voies urinaires), Napoléon III, 62 ans, prend la tête de son armée.
Dès le premier affrontement à Sarrebruck, le 2 août, et durant un mois, la France enchaîne les défaites : le 4 à Wissembourg, le 6 à Froeschwiller-Woerth ou encore le 23 à Saint-Privat.
L’empereur se décharge de son commandement suprême dès le 11 août. Il le confie au maréchal Bazaine qui, à la surprise générale, se replie à Metz, se laissant couper de la France libre et de ses réserves.
Le maréchal Mac-Mahon, l’un des commandants des six autres corps d’armée, décide de lui porter secours. Avec Napoléon III qui l’a rejoint, il s’arrête en chemin, à Sedan, pour se ravitailler et réorganiser ses troupes. Les deux hommes et l’armée française n’en repartiront que vaincus : à l’aube du 1er septembre, les Allemands canonnent la ville. Le bilan est lourd pour les Français : 3 000 tués, 14 000 blessés dont Mac-Mahon et quelque 100 000 prisonniers. Napoléon III fait hisser le drapeau blanc en signe de reddition.

Une capitulation désastreuse

L’empereur n’est pas en mesure de négocier : l’Allemagne a fait de nombreux prisonniers, occupe une partie du territoire et lui-même est emmené pour être détenu au château de Wilhelmshöhe, en Westphalie.
La capitulation sans condition est signée le 2 septembre 1870 par le général de Wimpffen au château de Bellevue, près de Sedan.

Informée de la situation par son mari, l’impératrice Eugénie qui assurait la régence à Paris, part aussitôt en Angleterre.

Dans la capitale, la nouvelle de la déchéance de l’empereur s’est vite répandue. Dès le 4 septembre, la République est proclamée à l’Assemblée par Léon Gambetta. Avec d’autres opposants au Second Empire, le député forme un gouvernement de la défense nationale qui tente de poursuivre la guerre. Bazaine est en effet toujours à Metz avec 150 000 hommes de même que les garnisons de province peuvent aligner plus de 50 000 soldats. Mais le maréchal capitule à son tour le 30 octobre.

Pendant ce temps, les Prussiens se sont dirigés vers Paris, déterminés à l’occuper.
Dès le 4 septembre et jusqu’au mois de mars 1871, la ville va subir un long et douloureux siège. La famine notamment va pousser la France à signer un armistice avec la Prusse le 26 février à Versailles. Celui-ci est sans pitié:
– une indemnité de 6 milliards de francs (ramenés à 5 milliards) à verser au vainqueur ;
– la cession de l’Alsace, d’une partie de la Moselle, d’une partie de la Meurthe et des Vosges ;
– le défilé des troupes allemandes sur les Champs-Elysées.

Humiliée à l’extrême et profondément affaiblie, la France n’a d’autre choix que d’accepter.
Le 1er mars, 546 députés contre 107 (dont Louis Blanc, Victor Hugo, Georges Clémenceau…) ratifient la convention de paix. Ils votent dans le même temps la déchéance de Napoléon III et de sa dynastie.
Le traité de paix définitif, connu sous le nom de traité de Francfort, est signé le 10 mai 1871.

Napoléon III, qui a pu rejoindre sa femme à Londres avec le prince Eugène, meurt le 9 janvier 1873 en se faisant opérer de la maladie de la pierre qui le torturait depuis plusieurs années.

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A noter :
La chaîne Histoire TV commémore l’événement lundi 7 septembre en diffusant, à 20h40, La guerre de 1870 – Les dernières cartouches. Réalisé par Eric Deroo, ce documentaire inédit constitue une rétrospective passionnante de cette page de l’histoire de France, en mêlant quantité d’archives et éclairages de spécialistes.
Il est suivi, à 22h, de Second Empire, le pouvoir en scène et à 22h55 du Brasier – « 1871, le Louvre sous le feu de la Commune ».

2 réflexions sur « 2 septembre… 1870 – Napoléon III capitule à Sedan »

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