1er septembre… 1651 – Robinson Crusoé part pour 28 ans d’aventure

Dans le roman écrit par l’aventurier Daniel Defoe au début du XVIIIème siècle, le héros Robinson Crusoé s’embarque le 1er septembre 1651 pour un long voyage depuis York, en Angleterre, dont il ne reviendra que 28 ans plus tard. Son histoire est considérée comme le premier roman d’aventures et la référence en la matière depuis trois siècles.

Robinson Crusoé, 1719, Première édition – Domaine public

Un mythe universel

Sinon lu, le roman / héros est connu de tous. Naufragé, ermite, marin, esclavagiste, aventurier… Les qualificatifs sont légion pour parler de Robinson Crusoé, héros né dans l’esprit de Daniel Defoe, lui-même aventurier mais aussi commerçant, politique et… écrivain.
Aujourd’hui connu sous le nom seul de Robinson Crusoé, le roman a pour titre originel The life and strange surprizing adventures of Robinson Crusoe, of York, mariner,… (voir illustration ci-dessus), lors de sa première parution, le 25 avril 1719. En français : «La vie et les aventures étranges et surprenantes de Robinson Crusoé, de York, marin : qui vécut 28 ans sur une île déserte sur la côte de l’Amérique, près de l’embouchure du grand fleuve Orénoque, à la suite d’un naufrage où tous périrent à l’exception de lui-même, et comment il fut délivré d’une manière tout aussi étrange par des pirates. Écrit par lui-même.»

Le succès est immédiat et le livre est traduit dès l’année suivante en français.
Il faut dire que le récit de Daniel Defoe, narré à la première personne par son héros, est inédit en son genre. Jamais une histoire pareille n’avait été proposée jusqu’alors…

L’histoire

Robinson naît en 1632 à York. Passionné très jeune par les bateaux, il rêve de devenir marin. Alors que ses parents le destinent à une carrière d’avocat ou de médecin, Robinson s’embarque contre leur avis sur un bateau qui prend la direction du Brésil. Nous sommes le 1er septembre 1651, il a 21 ans. Après environ 50 jours de navigation, et à près de 200 km des côtes américaines, le navire est pris dans une tempête d’une rare violence. Robinson est le seul rescapé du naufrage. Sur l’île où il a échoué, qu’il situe au large des côtes vénézuéliennes, il ne trouve aucune trace de vie humaine.
Déterminé à survivre, il se construit un abri, trouve de l’eau et de la nourriture, parvient à faire du feu… Sur un arbre, il grave chaque jour qui passe.
Plusieurs mois après son arrivée, Robinson Crusoé fait la connaissance d’un indigène, tout juste abandonné sur l’île par sa tribu, sort réservé à ceux qui commettent une faute grave. Robinson le surnomme Vendredi, du jour de leur rencontre. Les deux hommes apprennent dès lors beaucoup l’un de l’autre bien que la relation tienne davantage du maître-esclave que de l’ami-ami.
28 années passent, jusqu’à l’arrivée inespérée d’un navire anglais. Ce dernier a essuyé une grosse tempête et espère trouver à se ravitailler sur l’île.
Robinson rentre au pays à son bord, avec son compagnon Vendredi.

Une histoire bien réelle

Le personnage de Robinson Crusoé n’est pas totalement né de l’imagination de Daniel Defoe. Ce dernier s’est en réalité largement inspiré d’Alexander Selkirk et de son parcours.

Né en 1676 au nord d’Edimbourg, en Écosse, Alexander quitte sa communauté où son comportement violent l’a rendu indésirable. Il devient marin en s’engageant comme corsaire aux côtés de l’aventurier anglais William Dampier. Mais sur le Cinque Ports, Selkirk entre en conflit avec le commandant Thomas Stradling. Après avoir franchi le Cap Horn et en remontant les côtes pacifiques, les mutineries se multiplient, avec souvent Selkirk à leur tête.
En octobre 1704, le navire fait escale près de Mas à Tierra. Stradling veut repartir tandis que, devant le mauvais état du bateau, Selkirk s’y oppose. Ce dernier demande alors à être débarqué, comptant être ramené par un autre navire, un peu plus tard. Il emporte avec lui un mousquet, des balles, une livre de poudre, un couteau, une marmite, des habits et une bible.
Selkirk a été bien inspiré : le Cinque Ports s’échoue quelques semaines plus tard au large de la Colombie. Pour autant, le corsaire de 28 ans va rester coincé sur l’île durant 4 ans. Il devra sa survie aux nombreuses chèvres présentes sur l’île. Précédemment abandonnées sans doute par des Espagnols, elles offrent nourriture et habits à Selkirk. Sa lecture quotidienne, à voix haute, de la Bible, l’empêche de perdre l’usage de la parole et de sombrer dans la folie. Si les deux premières années, passées à élaborer des stratégies de survie, sont difficiles, les deux suivantes sont heureuses, admettra-t-il plus tard. Son retour en Angleterre en 1711 est même difficile. L’homme a en effet été secouru le 1er février 1709, un vendredi, par Woodes Rogers, envoyé à sa recherche par William Dampier.
Alexander Selkirk meurt en 1721, en mer, tandis que son double fictif, Robinson Crusoé, surfe sur le succès.

Quand la fiction dépasse la réalité

L’histoire d’Alexander Selkirk n’existe plus aujourd’hui qu’à travers le récit de Woodes Rogers, Voyage autour du monde, commencé en 1708, fini en 1711.
Le marin a en effet été totalement éclipsé par celui qui lui doit son existence : Robinson Crusoé.
Depuis 3 siècles en effet, ce dernier fait figure de référence et inspire toutes les catégories d’arts…

  • les arts visuels avec de nombreuses gravures, peintures et dessins ;
  • la musique avec l’opéra-comique de Jacques Offenbach en 1867 ;
  • la littérature avec l’oeuvre de Michel Fournier parue en 1971, Vendredi ou la vie sauvage ;
  • le cinéma également avec de nombreux films, séries et téléfilms ;
  • et même la bande-dessinée avec deux adaptations…

Robinson Crusoé a même trouvé des adeptes chez certains écologistes qui voient dans le roman de Defoe de bons conseils à puiser pour se ressourcer en pleine nature…