24 août… 1572 – Massacre de la Saint Barthélémy à Paris

Une semaine à peine après le mariage d’Henri de Navarre (futur Henri IV) avec Marguerite de Valois, les protestants de Paris sont pris pour cible par les catholiques et massacrés par centaines dès le 24 août, jour de la Saint Barthélémy, jusqu’au 28. Après la capitale, le carnage s’étend à une partie de la France…

Massacre de la Saint Barthélémy – ©François Dubois/Musée cantonal des Beaux-Arts. Domaine public

Une guerre, un mariage et un attentat

Le 8 août 1570, la paix de Saint Germain-en-Laye met fin à la 3ème des guerres de Religion, un conflit opposant catholiques et protestants en France durant la deuxième moitié du XVIème siècle.
Cette paix, comme les précédentes, est fragile. Les plus intolérants de chaque parti ne l’acceptent pas.

Le comble survient deux ans après quand Charles IX et sa mère Catherine de Médicis orchestrent le mariage d’Henri de Navarre, protestant, et Marguerite de Valois, soeur du roi et catholique, pour consolider cette paix.
Henri de Navarre est le cousin des Valois, de la branche capétienne des Bourbons.

Le 18 août, jour de la cérémonie à Paris, le mécontentement est palpable chez les Parisiens. La capitale, anti-huguenote au possible, tolère mal la présence des protestants à l’occasion de la noce. De plus, les prix ayant augmenté suite à de mauvaises récoltes, la ville est agacée par autant de dépenses effectuées pour un mariage aussi peu populaire.

Quatre jours plus tard, l’amiral de Coligny, protestant revenu à la Cour comme conseiller du roi après la paix de Saint Germain-en-Laye, est la cible d’un attentat à l’arquebuse. L’identité du commanditaire de l’agression est inconnue. Certains soupçonnent les Guise, meneurs des catholiques, d’autre la reine-mère Catherine de Médicis, jalouse de l’influence de Coligny sur son fils… Seulement blessé (il perd quand même son index droit et son bras gauche est bien endommagé), il insiste auprès de Charles IX pour qu’on ne le venge pas. Mais malgré cette volonté de leur chef, les protestants réclament justice.
Les Guise, pendant ce temps, font mine d’abandonner la capitale et le roi sous prétexte que les huguenots tiennent une trop grande place à la Cour.

Désoeuvrés, Charles IX et Catherine de Médicis décident, lors d’une réunion du conseil, de satisfaire les seigneurs catholiques, d’un grand appui à la couronne, et de mettre hors d’état de nuire les chefs protestants, princes du sang exclus (Henri, roi de Navarre et le prince de Condé).

Paris, théâtre d’un massacre

Ordre est donné de fermer les portes de la capitale.
Les opérations militaires sont confiées au duc de Guise et au duc d’Aumale, soutenus par le duc de Nevers, le duc de Montpensier et le chevalier d’Angoulême.
A 3 heures du matin le 24 août, le tocsin sonne : le signal de l’attaque est donné.
Au Louvre, quelque 200 nobles protestants venus pour le mariage sont jetés dehors, massacrés, dénudés et traînés dans les rues puis enfin, jetés dans la Seine.
Guise se rend chez l’amiral de Coligny. Il le sort du lit, l’égorge puis jette son cadavre par la fenêtre. Lorsque celui-ci sera retrouvé parmi des centaines d’autres, il sera émasculé, jeté dans la Seine puis repêché 3 jours après pour être pendu au gibet de Montfaucon.
Aux « commandos » catholiques s’associent bientôt les Parisiens, réveillés par le tocsin et pensant être attaqués par les protestants. Ils sortent à leur tour dans la rue et se lancent à leur poursuite.

Hommes, femmes, enfants… personne n’est épargné : maris mutilés, épouses enceintes éventrées, enfants égorgés… La violence ne connaît plus de limite et personne, ni même le roi, ne parvient à l’arrêter.
Elle est encouragée de plus belle par la floraison inopinée d’une aubépine au cimetière des Innocents, perçue comme un signe divin, une approbation devant cette « épuration »…
Très vite, la furie gagne les autres villes. Même si certains gouverneurs s’y opposent, ils ont peu de pouvoir devant la fureur des catholiques.

L’épisode sanguinaire se termine à la fin du mois d’août. Le 26, Charles IX décide d’endosser la responsabilité du massacre en imputant la faute à Coligny, trop mort pour se défendre. Celui-ci aurait en effet ourdi un complot contre le roi qui n’aurait cherché qu’à se protéger.

Au terme de ces jours noirs d’août 1572, le nombre total de victimes dans toute la France est estimé à 30 000 personnes…
La 4ème guerre de Religion sera engagée 3 ans plus tard par le successeur de Charles IX, son frère Henri III.

Episode particulièrement tragique de l’histoire de France, le massacre de la Saint Barthélémy se fond néanmoins dans une période longue de plusieurs décennies, d’une violence plus extrême encore.