17 août… 1661 – Fête de Nicolas Fouquet à Vaux-le-Vicomte

En recevant Louis XIV et sa Cour le 17 août 1661 à son château de Vaux-le-Vicomte, Nicolas Fouquet signe sa perte. La fête qu’il organise, véritablement somptueuse, est la goutte de trop pour Louis XIV qui a décidé, depuis le mois de mai déjà, de se débarrasser de son Surintendant des finances.

Une fête unique en un lieu unique

Achevé il y a peu, le château de Vaux-le-Vicomte de Nicolas Fouquet est en ébullition. Ce jour d’été 1661, le Surintendant des Finances s’apprête à honorer le Roi en donnant la plus grande et la plus somptueuse des fêtes, que même celles données à Versailles plus tard, peineront à supplanter. «Tout combattit à Vaux pour le plaisir du roi : la musique, les eaux, les lustres, les étoiles», écrit le poète Jean de La Fontaine, alors protégé de Fouquet.

«Dès l’arrivée des invités à Vaux, les surprises explosent et se succèdent : visite d’une vaste demeure aux plafonds richement peints et dorés, aux murs tendus de 120 tapisseries, au salon ovale aussi grand et aussi haut qu’une cathédrale, un souper de mets rares, l’écho d’une musique raffinée, une comédie bouffonne conjuguée avec des intermèdes dansés, le délassement d’une promenade dans l’ordonnance de parterres que les orangers embaument, puis, sur le canal, un combat naval pour rire, et enfin, sur fond de voûte céleste, mille bouquets de feu renouvelés de minute en minute. Aux courtisans se sont mêlés les créateurs de ces prodiges : Le Brun décorateur, Molière auteur et comédien, La Fontaine le poète, Torricelli l’artificier, Vatel l’intendant qui fait des miracles, réunis là par l’amical discernement du surintendant»

Patrice de Vogüé (propriétaire de Vaux-le-Vicomte, décédé en mars 2020)

Face à autant de magnificence, la Cour est en admiration, au point qu’elle continuera d’en parler des années après.
Louis XIV quant à lui, fulmine. Face à ce château resplendissant, il pense au Louvre, à Saint Germain et à Fontainebleau, trois résidences royales vieilles et poussiéreuses. Pour celui qui a décidé 5 mois auparavant, à la mort de Mazarin, de régner seul et de démontrer sa toute puissance, un tel faste est une humiliation.

L’heure des comptes

A la mort du cardinal, le 9 mars 1661, Nicolas Fouquet contrôle le Conseil privé de Louis XIV. Mais Mazarin avait prévenu le roi, de même que Colbert, de se méfier de son ministre.
Celui-ci a fait en effet construire et armé des places fortes sur toute la côte. A l’île d’Yeu, à Belle-Île… Pour quelle raison si ce n’est pour menacer le pouvoir ?
Il est également proche du parti dévot, soupçonné d’avoir attenté à la vie de Louis XIV le 29 juin 1658 par empoisonnement.
De plus, il semble que la gestion des finances par Fouquet ne soient pas aussi réglementaires qu’elles semblent l’être…

Le 5 septembre 1661, alors que la Cour séjourne à Nantes, Louis XIV fait arrêter Fouquet par d’Artagnan. Colbert s’immisce dans l’instruction chargée de chercher des preuves contre Fouquet…
Son procès démarre le 3 mars 1662. Fouquet n’a connaissance d’aucune pièce saisie ni d’aucun acte de procédure. Même si la cour finit par lui reconnaître un droit de regard sur les éléments qui l’accusent, le 3 mars 1663 soit un an plus tard, le sort de Fouquet est scellé. Des proches de l’ancien surintendant sont condamnés à mort, d’autres emprisonnés.

Le crime reproché à Fouquet est double : le détournement de fonds publics et la lèse-majesté, tous deux passibles de la peine de mort.
Si l’accusation peine à se montrer assez convaincante, faute d’être assez convaincue elle-même, Fouquet est tout de même reconnu du premier crime au terme de 3 ans de procès, le 21 décembre 1664.
Il n’est pas condamné à mort mais banni du royaume et ses biens confisqués. Une déception pour Colbert qui va trouver une certaine consolation dans la décision du roi.

Louis XIV profite en effet de son droit de grâce pour modifier la peine de Nicolas Fouquet. Ne voulant pas prendre le risque que ce dernier se réfugie dans une cour ennemie, il le fait enfermer à vie, à Pignerol.
Après Nicolas Fouquet, le roi a supprimé la charge de Surintendant des Finances. Dans sa toute puissance, il ne peut en revanche effacer des mémoires le souvenir de l’accueil de Fouquet, la nuit du 17 août 1661, à Vaux-le-Vicomte.

Il mettra néanmoins tous les moyens pour l’égaler.
Pour la construction d’une demeure à la hauteur de sa gloire et de sa réputation, à Versailles, Louis XIV engage ces mêmes architectes et jardiniers qui ont oeuvré à la création de Vaux-le-Vicomte : Charles Le Brun, André Le Nôtre et Louis Le Vau.

2 réflexions sur « 17 août… 1661 – Fête de Nicolas Fouquet à Vaux-le-Vicomte »

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