10 août… 1792 – Chute de la monarchie française

Ce jour d’été 1792 scelle définitivement le sort de la monarchie française. De droit divin, devenue officiellement constitutionnelle le 3 septembre 1791, elle prend fin pour de bon le 10 août 1792 quand les sans-culottes délogent la famille royale du palais des Tuileries pour l’emmener au couvent des Feuillants, puis à la prison du Temple dont Louis XVI et Marie-Antoinette ne sortiront que pour prendre la direction de l’échafaud.

Prise des Tuileries le 10 août 1792. Tableau de Jean Duplessis-Berthaux/Collections du château de Versailles. Domaine public.

Depuis l’été 1789 soit trois ans déjà, la monarchie française a été contrainte de se plier à des changements soumis par les Etats Généraux, représentant le peuple : une Assemblée nationale est créée et l’écriture d’une Constitution amorcée. Celle-ci est officiellement votée le 3 septembre 1791 et le roi lui prête fidélité.
La monarchie n’est alors pas menacée de disparaître. Elle est aménagée et la souveraineté est partagée avec la nation. Un gouvernement représentatif est également établi.
Louis XVI ne règne désormais que par la loi, conjointe à l’Assemblée et au roi, mais que ce dernier peut sanctionner. Un droit de veto dont Louis XVI n’hésite pas à abuser, attisant les animosités.

La goutte de trop

Sa tentative de fuite de Paris avec la famille royale dans la nuit du 20 au 21 juin 1791 n’arrange rien.
Le roi espérait gagner l’étranger où, avec l’appui des monarques européens, il aurait organisé une « contre-révolution » et récupéré son trône. Stoppée dans sa lancée à Varennes, la famille royale est ramenée aux Tuileries où elle va rester sous étroite surveillance.

Dès lors, côté français, Louis XVI est seul.
Il a perdu le soutien de la noblesse émigrée qui souhaite revenir pour prendre davantage de pouvoir et ne placer qu’un roi fantoche sur le trône de France. Les Feuillants (monarchistes constitutionnels) ne valent guère mieux, attisés par la même soif de pouvoir et désabusés après la tentative de fuite du roi.

L’espoir ne réside plus que dans les monarchies étrangères qui, craignant que la Révolution en France ne donne des envies d’émancipation aux autres peuples d’Europe, ont mobilisé leurs armées.
Le 11 juillet 1792, l’Assemblée législative décrète «la patrie en danger». Tous se préparent à l’invasion.
Le 25 juillet est publié le manifeste de Brunswick, un texte rédigé par un aristocrate émigré, le marquis de Limon. Le texte promet de réduire Paris en cendres si le Roi est mis en danger.
C’est la goutte de trop : si personne ne doutait plus des manigances de Louis XVI pour récupérer son pouvoir, ce manifeste est un aveu criant de trahison.
Les sans-culottes se préparent sans plus d’hésitation et au matin du 10 août, se rassemblent près du palais des Tuileries, gardé par 900 soldats sous le commandement du marquis de Mandat.

Le début de la fin

Tandis que Mandat est convoqué à l’Assemblée par Danton où il sera en réalité aussitôt exécuté, les 900 gardes suisses font face au peuple en armes.
Aux Tuileries, l’émeute prend de l’ampleur et les sans-culottes franchissent les grilles du palais.
Le roi, la reine et le dauphin ont tout juste le temps de fuir et d’aller chercher refuge à l’Assemblée.
Très vite, la confrontation au palais va se terminer dans un bain de sang.
600 gardes suisses et 200 aristocrates et domestiques sont tués. Le peuple vainqueur surnommera cette journée du 10 août, «massacre de la Saint Laurent», en écho au «massacre de la Saint Barthélémy», le 24 août 1572.

Le roi, de son côté, est aussitôt «suspendu» par l’Assemblée.
Louis XVI, définitivement déchu, est emmené avec sa famille au couvent des Feuillants. Ils y restent 3 jours, avant d’être conduits le 13 août à la prison du Temple, accusés d’intelligence avec l’ennemi.
Le dauphin y mourra tandis que le roi et la reine en sortiront pour prendre tour à tour la direction de l’échafaud. Le 21 janvier 1793 pour lui, le 16 octobre de la même année pour elle.

Le 10 août 1792 sonne ainsi le glas de la monarchie telle que la France l’a connue pendant près d’un millénaire. Elle met surtout un terme au règne de la dynastie capétienne, née 805 ans plus tôt avec le sacre d’Hugues Capet.

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