9 août… 1942 – A Kiev, le «match de la mort»

La rencontre de football entre le FC Start de Kiev (Ukraine) et la Flakelf, équipe de soldats allemands de la Luftwaffe, le 9 août 1942, est l’un des symboles de résistance les plus forts de l’Ukraine face à l’envahisseur nazi. Il est aussi l’un des plus méconnus.

Les deux équipes, ukrainienne et allemande, réunies juste avant le «match de la mort», le 9 août 1942

La résistance par le sport

Après l’invasion de l’URSS le 22 juin 1941 (opération Barbarossa), les joueurs du Dynamo Kiev, club créé par la police et le NKVD (police politique soviétique) sont arrêtés. Certains sont envoyés au camp de Darnitsa où l’Allemagne détient quelque 600 000 prisonniers de guerre soviétiques. D’autres, considérés comme inoffensifs, sont relâchés.
Avec trois joueurs du Lokomotiv (club de Moscou) et sur l’impulsion de l’un d’entre eux, Nikolai Trusevich, huit joueurs du Dynamo vont constituer une nouvelle équipe, le FC Start.
Ils rejoignent la ligue de football créée par Georgi Shvetsov. Celui-ci étant proche des Nazis, le FC Start a hésité. Mais préférant parier sur le bien que peut faire sa participation sur le moral des habitants, l’équipe décide de jouer.
Le premier match, contre une équipe ukranienne (celle de Shvetsov !) a lieu le 7 juin. Le FC Start l’emporte 7-2. Puis 8-2 contre une autre équipe ukrainienne. Puis le 21 juin, contre une garnison hongroise, 6-2. 7-1 le 28 juin contre une équipe d’artillerie allemande… Les victoires s’enchaînent les unes après les autres pour le FC Start.
Jusqu’au 6 août où le FC Start rencontre la Flakelf, une équipe de soldats de la Luftwaffe (armée de l’air). Les Allemands suggèrent aux Soviétiques, pour le moral des aviateurs du IIIe Reich, de les laisser gagner le match… Les Ukrainiens s’imposent 5-1 !

Craignant une baisse de moral du côté de la Luftwaffe et au contraire, un regain d’énergie et des envies de révolte côté ukrainien, l’Allemagne demande une revanche. Le FC Start accepte. Elle aura lieu le 9 août.

Ce jour-là, on ne parle plus d’une simple rencontre.
Les Allemands souhaitent bien rappeler qui domine, à travers ce match.
C’est ainsi que l’occupant nazi remplit le stade de soldats allemands mais aussi d’ukrainiens afin qu’ils voient bien leurs compatriotes perdre.
Dans le vestiaire du FC Start, l’officier SS désigné comme arbitre, les somme d’entrer dans le stade en faisant le salut hitlérien. Inutile d’ajouter qu’ils sont également tenus de perdre. Après quelques minutes de concertation face à cette menace de mort s’il en est, décision est prise de résister.

Les jeux sont faits

En entrant dans le stade, tandis que la Flakelf scande «Heil Hitler!», le FC Start crie un slogan soviétique à la gloire du sport, avec la main sur le coeur.

Le match est lancé et à aucun moment, les Ukrainiens ne sont épargnés. L’arbitre fait l’impasse sur de nombreuses fautes de la Flakelf. Malgré cela, cette dernière est menée 3-1 à la mi-temps.
Nouvelles menaces dans le vestiaire, auxquelles le FC Start reste sourd.
Lors de la seconde mi-temps, 2 buts sont respectivement marqués par les deux équipes. Dans les dernières minutes du match, le défenseur Klimenko parvient avec le ballon jusque devant le gardien allemand. Mais au lieu de tirer, il contourne ce dernier et relance le ballon au milieu du terrain. Pour l’Allemagne, c’est l’humiliation totale. Et la fin du match.

Le 16 août, une semaine après, les joueurs ukrainiens sont arrêtés par la Gestapo. Le prétexte : ils sont tous membres du NKVD.
Huit d’entre eux sont déportés dans un camp où 3 seront exécutés.
Un autre, chez qui un uniforme du NKVD a en effet été retrouvé, meurt sous la torture.

Le match du 9 août doit son surnom de « match de la mort » à la propagagnde soviétique.
En 2005, une enquête allemande officielle a déclaré qu’il n’était pas possible de prouver que la mort des joueurs était liée au match du 9 août 1942. De même, rien ne prouve selon elle les menaces soit disant proférées au FC Start par les Allemands avant le match et pendant la mi-temps. Pour preuve, donne-t-elle : la photo ci-dessus où tous les joueurs posent ensemble, souriants, APRES la rencontre. A ceci près que selon d’autres sources, cette photo aurait été prise avant…