7 août… 1932 – Promulgation de la «loi des épis» et « Holodomor »

En Ukraine, une loi punissant de déportation ou de mort un simple vol d’épi dans un champ est promulguée le 7 août 1932 par le gouvernement de l’URSS. Cette «loi des épis» n’intervient pas par hasard. La famine est déjà installée et Staline compte bien l’entretenir. Commence alors une véritable «extermination par la faim», dite «Holodomor» en ukrainien.

Scène de rue à Kharkiv (Ukraine) en 1932. ©Alexander Wienerberger — Diocesan Archive of Vienna (Diözesanarchiv Wien)/BA Innitzer. Domaine public

Considéré comme un génocide par l’Ukraine, qui s’efforce de le faire reconnaître universellement et surtout par la Russie depuis des années, l’Holodomor qui a eu lieu en 1932-1933 prend sa source en URSS à la fin des années 1920…

L’extermination du capitalisme

En 1921-1922, la Russie peine à se relever de la Première Guerre mondiale (1914-1918), de la révolution et de la guerre civile (1917-1921). Une gigantesque famine fait plus de 5 millions de morts, surtout dans la région de la Volga.
Lénine demande l’aide de l’étranger et instaure la Nouvelle Politique Economique (NEP), une politique de libéralisation économique visant à redynamiser l’agriculture et l’industrie.
Il s’agit bien sûr de «faire au capitalisme une place limitée pour un temps limité», mais Lénine ne fixe pas pour autant de délai.

En résulte une prospérité retrouvée vers la fin de la décennie, avec une production agricole et industrielle en bon état de marche.
Mais aux yeux de Staline, qui a succédé à Lénine à sa mort en 1924, il ne s’agirait pas que les paysans deviennent trop aisés et puissent nuir au bolchévisme, communiste.

En 1928, dans le cadre d’un « premier plan quinquennal » (1928-1933), il entreprend donc de faire collectiviser les terres en créant les kolkhozes (fermes collectives) et sovkhoses (fermes modèles).
Il ordonne également l’augmentation drastique de la production de blé, dont une partie doit être destinée à l’exportation. En revanche, il fait baisser de 20% le prix du blé vendu par les paysans à l’Etat. Ce qui revient à travailler plus pour… gagner moins.

En 1930, Staline officialise par un décret la fin de la NEP – et donc de la moindre trace restante de capitalisme.
Il lance également la « dékoulakisation » soit l’élimination de la classe des « koulaks » (prêteurs sur gages,en russe), terme employé pour désigner ces paysans aisés et nuisibles.

La vague tueuse du bolchévisme

Staline dépêche 25000 agents de l’Etat et des jeunesses communistes dans les campagnes avec pour mission de répartir quelque 25 millions de familles dans les kolkhozes et les sovkhoses.

La réorganisation se fait par la violence et la menace de la déportation.
Beaucoup de paysans préfèrent abattre leur bétail plutôt que de le donner à l’Etat. Le cheptel diminue de moitié.
Fin 1931, la « dékoulakisation » est terminée et 70% des terres sont collectivisées.

Pendant ce temps, et courant 1932 également, la production de blé a diminué. Qu’importe, les quantités réquisitionnées par l’Etat continuent d’augmenter, ne laissant plus assez aux paysans des fermes collectives de quoi nourrir leurs familles.
La famine est en marche. Au Kasakhstan, elle a déjà tué entre 1 et 1,5 million de morts.

Face à l’Ukraine, territoire très fertile qui compte beaucoup de petits propriétaires qui continuent de résister, le gouvernement bolchévique a accentué la pression ainsi que la réquisition des récoltes.
En plus de la réorganisation de la campagne ukrainienne en kolkhozes et sovkhozes, le gouvernement promulgue, le 7 août 1932, la «loi des épis».

Alors que la famine a franchi un nouveau palier et continue de s’étendre, Staline assène un nouveau coup à la population avec cette loi en menaçant de déportation, voire de peine de mort (c’est pareil…) quiconque volerait le moindre épi de maïs dans un champ ou quoi que ce soit d’autre appartenant à l’Etat.
Cette loi ne fait donc qu’ajouter encore un peu à l’horreur : des milliers d’Ukrainiens sont tués ou déportés (c’est pareil…).

Le coup de grâce survient en décembre, avec l’institution d’un passeport et l’interdiction de quitter son village sans autorisation.
Condamnés à mourir de faim chez eux sans plus aucunes ressources, des Ukrainiens se suicident quand d’autres se livrent au cannibalisme, mangeant le plus souvent leurs propres enfants ou ceux des voisins… Cet ultime recours est à ce point répandu que des affiches sont placardées par les autorités bolchéviques dans les villages pour rappeler que «Manger son enfant est un acte barbare».

Exterminer 3 à 6 millions d’Ukrainiens par la faim, l’est tout autant…

Nié pendant des décennies par le gouvernement soviétique, l’Holodomor est finalement reconnu lors de l’ouverture des archives de l’URSS, après son effondrement en 1991.
Le 28 novembre 2006, l’Ukraine va plus loin et fait voter une loi qui affirme que «la famine provoquée par les Soviétiques est un génocide contre le peuple ukrainien».
Reconnu par de nombreuses nations dans le monde, ce génocide ne l’est toujours pas par la Russie…

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