3 août… 2008 – Décès de l’écrivain Alexandre Soljenitsyne

Le 3 août 2008, la Russie et le monde perdent un des plus talentueux écrivains du XXème siècle, Prix Nobel de Littérature en 1970. Alexandre Soljenitsyne était également l’un des grands symboles de l’opposition au régime soviétique.

Alexandre Soljénitsyne (1918-2008) – Source: Wikipedia

Le prix du succès

Alexandre Soljenitsyne n’est qu’un Russe de 23 ans parmi tant d’autres lorsqu’il engagé dans l’Armée Rouge à l’été 1941 pour combattre l’envahisseur allemand.
C’est un jeune homme d’origine modeste et cultivé. Il a étudié les mathématiques et la littérature pour laquelle il se passionne, la philosophie, l’anglais et aussi le latin.
Lieutenant à l’hiver 1942, il est décoré en 1943 de l’Ordre de la Guerre patriotique de 2e classe et en 1944 de l’Etoile rouge.

Félicité pour son courage et sa conduite exemplaire, Soljenitsyne n’en est pas moins arrêté en février 1945 par les services russes de contre-espionnage. Le jeune capitaine a critiqué Staline dans une lettre privée interceptée par la censure militaire.
Son destinataire et lui étant accusés de former une « organisation contre-révolutionnaire », ils sont tous deux envoyés au goulag. Soljenitsyne y reste 8 ans.

Ces années terribles vont faire l’objet d’un livre : Une journée d’Ivan Denissovitch, dans lequel il décrit avec force précisions les conditions de vie des détenus (« zeks ») dans un camp de travail forcé soviétique. Le roman est publié en 1962 dans la revue Novy Mir, grâce à l’autorisation de Nikita Khrouchtchev.
Cette oeuvre apporte dès lors à Soljenitsyne la renommée nationale et mondiale.

Censure, gloire et expulsion

Les années Brejnev n’offre pas les mêmes « facilités » de publication. En 1967, Soljenitsyne dénonce la censure et exige sa suppression. En résulte son expulsion de l’Union des écrivains de l’URSS en 1969.

Malgré cette censure et sa surveillance de plus en plus étroite par le KGB, Soljenitsyne n’en continue pas moins d’écrire des romans tels que Le Premier Cercle (publié en 1968), Le Pavillon des Cancéreux (1963-1966 et 1967) et surtout le premier tome de La Roue rouge, chef d’oeuvre de 6000 pages (1967).
En 1970, le Comité Nobel le récompense du Prix Nobel de littérature.

Egalement écrit au cours de ces dernières années, entre 1958 et 1967, L’Archipel du Goulag dénonce le système concentrationnaire du goulag depuis l’intérieur, tel qu’il a été orchestré par le pouvoir et tel que l’écrivain l’a lui-même vécu.
Son oeuvre rédigée sur des bouts de papiers enterrés ça et là chez des amis, Soljenitsyne réussit à en faire envoyer une copie à Paris où il est imprimé fin 1973. Mais la torture puis la pendaison d’une de ses aides et la découverte d’un exemplaire russe par le KGB lui vaut d’être arrêté, le 12 février 1974.

Accusé de haute trahison, Alexandre Soljenitsyne perd sa citoyenneté soviétique et est expulsé du territoire.
Depuis les Etats-Unis où il restera 20 ans, il poursuit sa lutte contre les excès du pouvoir russe mais aussi contre ceux du « matérialisme occidental » et dénonce la société de consommation.
Il poursuit l’écriture de son chef d’oeuvre La Roue rouge, qui retrace les violences révolutionnaires que la Russie a connues.

Reconnaissance et réhabilitation

Fort de la Glasnost (politique de liberté d’expression menée par Mikhaïl Gorbatchev) en 1986 et de la chute de l’URSS en 1989, Alexandre Soljenitsyne retrouve sa citoyenneté russe.
Il revient dans son pays natal en mai 1994.
Un Fonds Soljenitsyne est créé pour venir en aide aux détenus de Russie et à leurs familles.

En 2007, Vladimir Poutine, ancien du KGB, décerne à Soljenitsyne, ancien dissident, le prix d’Etat.

Décédé le 3 août 2008, il laisse une oeuvre considérable, témoignage de premier ordre de la Russie du XXème siècle.

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