10 juillet… 1940 – La dictature de Pétain se met en place

Le 10 juillet 1940, l’Assemblée nationale vote une loi confiant au maréchal Pétain les pleins pouvoirs pour la promulgation d’une nouvelle constitution de l’Etat français. Pleins pouvoirs que le président du conseil va utiliser autrement…

Le « vainqueur de Verdun » au secours de la France

Vu par tous comme l’homme sage qui a mené la France à la victoire à Verdun en 1916, Philippe Pétain est appelé au gouvernement de Paul Reynaud en mai 1940. Sa présence au coeur du pouvoir, son expérience et son prestige rassureront à coup sûr les Français…

Mais depuis le début de la guerre en septembre 1939, le maréchal ne croit nullement au combat mené contre Hitler. Il ne s’en cache pas, au point que même l’ambassadeur d’Italie le confirme dans un rapport en novembre déjà.

«Le maréchal Pétain fait figure de représentant de la politique de paix en France […] Pétain croit que, même en cas de victoire, la France n’en recueillerait pas les fruits. Si la question de la paix devenait aïgue en France, Pétain y jouerait un rôle.»

Alors que Pétain revient comme vice-président du Conseil le 17 mai 1940, Jean-Louis Crémieux-Brilhac, antifasciste de la première heure, évoquera l’homme de 84 ans ainsi :

«Ses vues politiques sont courtes : il ne supporte pas les bavardages politiciens; […] Son bon sens proverbial va de pair avec une grande ignorance et des vues simplistes en matière de politique étrangère. […] Il ne voit rien de plus en Hitler qu’un Guillaume II plébéien ; il ne doute pas qu’on puisse s’accommoder avec lui moyennant quelques sacrifices.»

Pour preuve, dès le 14 juin, Pétain se confirme comme le chef de file des partisans de l’armistice.
Le 16 juin, Reynaud démissionne. Pétain prend sa place à la présidence du Conseil.
Le 17, dans un discours radiodiffusé, le maréchal informe qu’il compte demander un armistice aux Allemands : «C’est le coeur lourd que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat.» Le lendemain, depuis Londres, De Gaulle s’empressera d’encourager le contraire.
Le 20 juin, dans un nouveau discours, il détaille les leçons qu’il faudra tirer de l’armistice: «Depuis la victoire (de 1918, ndlr), l’esprit de jouissance l’a emporté sur l’esprit de sacrifice. On a revendiqué plus qu’on n’a servi […] On rencontre aujourd’hui le malheur.»
Le 22 juin, l’armistice est signé à Compiègne.
Le 25, Pétain scande : «C’est vers l’avenir que désormais nous devons tourner nos efforts. Un ordre nouveau commence…»
Le 1er juillet, le gouvernement s’installe en zone libre, à Vichy.

Le traître en action

En livrant ainsi la France à l’Allemagne, le maréchal Pétain a déjà perdu la confiance de milliers de Français. Ceux qui l’imaginaient homme de combat voient désormais en lui celui de la reddition. Ils ne vont pas tarder à voir celui de la collaboration…
Car malgré son bel âge et sa nature jusque là passive et raisonnée, Pétain révèle un visage insoupçonné des Français, celui du dictateur.

Le 10 juillet 1940, votée par une large majorité de l’Assemblée Nationale (Sénat + Chambre des députés), une loi « constitutionnelle » «donne tous pouvoirs au gouvernement de la République, sous l’autorité et la signature du maréchal Pétain», avec la promulgation d’une nouvelle constitution pour objectif. Celle-ci ne verra jamais le jour.

Acte constitutionnel numéro 2 portant la signature du maréchal Pétain, 11 juillet 1940 – Cote : A//1847. Date du document : 11 juillet 1940. – ©Domaine public. Wikimedia Commons/Archives Nationales


S’auto-proclamant chef de l' »Etat Français » (et non pas « République) le 11 juillet, Pétain bafoue la Constitution de la IIIème République (1875) jusque là toujours en vigueur. Sans plus de constitution, ni de séparation des pouvoirs, ni du coup de démocratie, il ne s’agit de rien d’autre que d’une dictature.
Pierre Laval, président du Conseil dès 1942, lui demandera même :

«- Connaissez-vous, Monsieur le Maréchal, l’étendue de vos pouvoirs?
– Non.
– Ils sont plus importants que [ceux] de Louis XIV, parce que Louis XIV devait soumettre ses édits au Parlement, tandis que vous, vous n’avez pas besoin de soumettre vos actes constitutionnels au Parlement, puisqu’il n’est plus là.»

La suite, on la connaît : si certains doutaient encore de l’inclinaison de Pétain pour l’autocratie et de son rapprochement avec Hitler, la rencontre à Montoire le 24 octobre 1940 entre le traître et le Führer, achèvera de les convaincre.

A Montoire, le 24 octobre 1940, poignée de main entre Hitler et Pétain. – ©Paille/Flickr. (CC BY-SA 2.0). Non modifié