2 juillet… 1816 – La «Méduse» s’échoue au large de la Mauritanie

Tout le monde connait le chef d’oeuvre de Théodore Géricault, Le radeau de la Méduse. Peu, l’histoire qui a inspiré le peintre pour le réaliser. Une histoire tragique que 2 hommes lui ont raconté après avoir survécu à l’enfer. Un enfer qui a débuté le 2 juillet 1816, avec l’échouage de leur navire…

«Le radeau de la Méduse», peinture de Théodore Géricault (Salle Mollien, Musée du Louvre) – ©Domaine public Jahsparkey/Flickr

L’oeuvre magistrale, peinte en 1819, saisit par l’horreur et le désespoir qui en émanent. Sur la toile, 18 personnages : certains sont morts ou agonisants, le reste use de ses dernières forces pour se faire repérer par un navire à l’horizon, en vain.
Parmi eux, Jean-Baptiste Savigny et Alexandre Corréard, deux survivants représentés par Géricault après que ces derniers lui aient raconté leur terrible histoire…

À vouloir aller trop vite…

En 1816, après une longue occupation de ses colonies par les Anglais, la France se les voit rétrocéder.
Pour réoccuper celle du Sénégal, civils et militaires répartis sur quatre navires, prennent la mer le 17 juin.

Près de 400 personnes embarquent à bord de la Méduse. La frégate est commandée par Hugues de Chaumareys qui, sous la pression du gouverneur Julien Schmaltz, fait accélérer la frégate, et sème du coup les trois autres.
La Méduse fonce droit sur un banc de sable, au large de la Mauritanie, sur lequel elle s’échoue le 2 juillet.
Seule issue pour l’en libérer : construire un radeau et y décharger tout ce qui pèse à bord. Mais La Méduse ne bouge pas… Il faut se résoudre à abandonner le navire. 18 refusent et restent à bord. 3 d’entre eux survivront.

Pour tous les autres, le nombre de canots est insuffisant et 151 hommes sont désignés pour s’entasser sur le radeau de 20 mètres sur 12. Trop lourde et trop instable pour être tirée, l’embarcation de fortune est vite abandonnée à son sort. Conçu pour accueillir du matériel et non des hommes, le radeau a la forme d’un catamaran à l’envers et un plancher ajouré. Impossible pour ses occupants, immergés jusqu’au bassin, de s’asseoir ou de se coucher.

13 jours en enfer

Le 5 juillet débute une longue et épouvantable dérive : une vingtaine d’hommes se noient la première nuit.
Le lendemain, 3 se suicident, d’autres meurent noyés et 45 sont tués lors d’une révolte à bord.

Dès le 7 juillet, des hommes affamés se jettent sur les cadavres pour s’en nourrir.
Une deuxième échauffourée ne laisse qu’une trentaine de survivants.
Hallucinations dues à la faim, la chaleur et la soif, exécutions sommaires et sacrifices ont raison d’une quinzaine d’autres. 13 jours passent au terme desquels l’Argus, un des 4 navires de l’expédition, secourt les 15 naufragés restants.

Une toile et une réplique

L’enfer vécu et relaté par deux des survivants, Jean-Baptiste Savigny et Alexandre Corréard, est retranscrit de façon saisissante sur une toile, 3 ans plus tard, par Géricault. Le radeau de la Méduse, si l’on prend soin de le regarder en détail, traduit toute l’horreur vécue par les marins.
Ce radeau, tel que Corréard l’a décrit à travers un plan, a été reconstruit aux dimensions identiques. Il trône aujourd’hui dans la cour du musée de la Marine à Rochefort et laisse aux passants tout le loisir de s’imaginer soi-même survivant…

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  1. À noter aussi de Charles-Marie Brédif, « Le naufrage de la Méduse, journal d’un rescapé ». Il raconte le naufrage puis la terrible odyssée dans le désert de Mauritanie, jusqu’à.son sauvetage. Le malheureux est mort deux ans après (1818) de la dysenterie. Le livre à été réédité en 2017 :Petite bibliothęque Payot.

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