27 juin… 1905 – Mutinerie à bord du cuirassé «Potemkine»

Perdue au milieu des troubles politiques et sociaux qui secouent la Russie en 1905, la mutinerie du cuirassé Potemkine est rendue célèbre 20 ans plus tard, en 1925, par le cinéaste Serge Eisenstein avec le film Le cuirassé Potemkine. Le chanteur Jean Ferrat apportera à son tour sa contribution avec sa chanson Potemkine, en 1965 :

Ils étaient des marins durs à la discipline
Ils étaient des marins, ils étaient des guerriers
Et le cœur d’un marin au grand vent se burine
Ils étaient des marins sur un grand cuirassé
… chantait ce dernier.

1905 – Le cuirassé Potemkine – ©Auteur inconnu/Wikipédia.org. Domaine public

Ça gronde dans la marine

La Russie de Nicolas II est en guerre contre l’Empire du Japon depuis un an et demi.
Le 27 mai, soit un mois plus tôt, la flotte russe a été défaite par la flotte japonaise à Tsushima. La marine du tsar sature et des mécontentements au sein des équipages se font de plus en plus entendre.
Sur le cuirassé Potemkine, rutilant navire de la flotte russe, environ 700 hommes. Ce sont pour la plupart des paysans enrôlés de force pour combler les déficits militaires que la guerre a causés.
En exercice dans la mer Noire, au large de la ville d’Odessa, l’équipage est plutôt discipliné. A condition qu’il soit bien traité…
Mais un matin, alors que le Potemkine a été ravitaillé en provisions, les marins constatent que la viande qui leur a été livrée, est totalement avariée. Les hommes sont scandalisés.
Au déjeuner, lorsque les cuisiniers arrivent avec la viande bouillie, ils refusent de manger.
Le commandant décide alors que rien d’autre ne leur sera proposé.

L’occasion pour les quelques révolutionnaires qui se trouvent dans l’équipage, de préparer les marins à une insurrection générale, est trop belle. Leur chef, Afatasy Matiouchenko attise la révolte.
Mardi 27 juin, une balle tirée par le capitaine Giliarovsky sur un marin dénommé Vakoulinchouk, achève de déclencher une véritable mutinerie.

Rejoints par 8 officiers, les marins tuent le reste de l’équipage (cuisiniers, capitaine, médecin…) et hissent le drapeau rouge de la rébellion.
Le Potemkine prend la direction du port d’Odessa.

Marins et ouvriers, même combat !

Agitée par des grèves ouvrières, la ville d’Odessa a été le théâtre d’une répression violente menée par le général Kokhanov la veille, 26 juin. A la vue du drapeau rouge au large, l’espoir renaît chez les grévistes, sûrs de recevoir le soutien des révolutionnaires.
Mais ces derniers ne parviendront pas à renverser la vapeur. Face à une population enfiévrée désireuse de rendre hommage au marin Vakoulinchouk, le général Kokhanov ordonne de nouveau de tirer. C’est un véritable massacre. Les marins du Potemkine abandonnent et lèvent l’ancre.
Se dirigeant vers Sébastopol, ils sont rejoints par deux autres navires dont le Georges-le-Victorieux, dont les équipages se sont aussi rebellés. Une révolte qui s’essouffle aussi vite qu’elle est apparue. En représailles, Matiouchenko ordonne de couler le Georges-le-Victorieux.

Le Potemkine reprend un temps la mer avant de rejoindre le port roumain de Constantza et d’y demander l’asile politique.
En 1907, Nicolas II promet une amnistice à tous les révolutionnaires de 1905. Les marins du cuirassé préfèrent rester en Roumanie, à l’exception de 5 d’entre eux, dont Matiouchenko.
Une fois sur le territoire russe, celui-ci est aussitôt fusillé. Les quatre autres sont, eux, envoyés en Sibérie… Belle mentalité !

La mutinerie inspire…

Commandé à Serge Eisenstein par le gouvernement soviétique, un film sur la Révolution de 1905 va très vite se limiter au récit de la mutinerie du cuirassé Potemkine, narré avec une rare intensité au réalisateur lors de ses investigations à Odessa. Le film sort en 1925, mais semble peu respectueux de la vérité historique…
Jean Ferrat célèbre quant à lui la mutinerie quarante ans plus tard, en 1965, avec la chanson Potemkine.